BURKINA FASO
Un bio-insecticide développé localement pour lutter contre les vecteurs du paludisme et de la dengue.
Des chercheurs ont mis au point un bio-insecticide contre les larves de moustiques rĂ©sistantes aux insecticides chimiques classiques, avec un taux dâĂ©limination dâinsectes allant de 80 Ă 90 %. Si les rĂ©sultats sont concluants, le pays gagnerait dans la lutte contre les maladies et dans la crĂ©ation dâemplois pour ce produit « Made in Burkina ».
Les chercheurs du Laboratoire de dĂ©veloppement du mĂ©dicament (LADME) de lâuniversitĂ© Joseph-Ki-Zerbo ont dĂ©veloppĂ© un bio-insecticide pour lutter contre les vecteurs du paludisme et de la dengue, considĂ©rĂ©s comme Ă©tant des dĂ©fis majeurs de la santĂ© publique burkinabĂš.
Ce nouveau produit, Ă base de Calotropis procera, a Ă©tĂ© mis au point dans le cadre du projet « DĂ©veloppement dâun bio-insecticide Ă longue durĂ©e dâaction Ă base dâextrait de feuilles de Calotropis procera contre les vecteurs du paludisme et de la dengue », lancĂ© officiellement en juin 2022 Ă Koudougou, dans la province du BoulkiemdĂ© (centre-ouest). Selon les rĂ©sultats du projet, annoncĂ©s lors dâun atelier organisĂ© les 8 et 9 octobre Ă ZiniarĂ©, dans la province de Bassitenga (centre).
> Efficacité estimée entre 80 et 90 % contre les larves de moustiques
Les chercheurs burkinabĂš ont Ă©tudiĂ© les propriĂ©tĂ©s larvicides de plantes locales sur les Anopheles gambiae s.l., vecteur du paludisme, et les Aedes aegypti, qui transmettent la dengue. Le bio-insecticide a Ă©tĂ© Ă©laborĂ© sous forme de comprimĂ©s matriciels permettant de prolonger lâaction du produit avec un taux dâĂ©limination des larves allant de 80 Ă 90 %.
Ce projet, financĂ© par le Fonds de soutien Ă lâĂ©ducation et Ă la recherche (FOSER), sâinscrit dans le programme « Made in Burkina », promu par le gouvernement, visant Ă rĂ©duire la dĂ©pendance aux importations dâinsecticides en transformant localement des matiĂšres premiĂšres grĂące Ă lâexpertise de chercheurs nationaux.
Selon le directeur adjoint de lâĂcole doctorale sciences et santĂ© de lâuniversitĂ© Joseph-Ki-Zerbo, le Pr. Adama Zida, les rĂ©sultats de cette recherche « ne vont pas dormir dans les tiroirs ». « Cette fois-ci, nous voulons ĂȘtre concrets », a-t-il soulignĂ© Ă la presse locale, indiquant quâun produit fini sera mis Ă la disposition de la population pour gagner en efficacitĂ© dans la lutte contre le paludisme et la dengue.
« Les bio-insecticides constituent une alternative efficace, sans danger considĂ©rable pour lâenvironnement », a-t-il expliquĂ©, en comparaison avec les autres types dâinsecticides chimiques.
> Une innovation majeure, selon les chercheurs burkinabĂš
Pour RasmanĂ© SemdĂ©, professeur titulaire de pharmacie galĂ©nique, industrielle et biopharmacie de lâUJKZ et coordonnateur du Centre dâexcellence africain de formation, de recherches et dâexpertise en sciences du mĂ©dicament, les rĂ©sultats de la recherche sur ce nouveau bio-insecticide pourraient devenir une innovation majeure dans lâĂ©limination des gĂźtes de prolifĂ©ration des moustiques, qui constituent le principal facteur de transmission des maladies.
En matiĂšre de rĂ©sistance des insectes aux insecticides, il a mis en avant lâefficacitĂ© des produits Ă base de plantes.
« Ă lâheure actuelle, quand on est confrontĂ© Ă des problĂšmes de rĂ©sistances, on fait des combinaisons. Câest ce que fait la nature. Câest rare quâil y ait des rĂ©sistances au niveau des plantes », a-t-il fait savoir.
Il a par ailleurs expliquĂ© quâau-delĂ de la dimension sanitaire, la rĂ©colte et le sĂ©chage des feuilles de Calotropis procera pourraient offrir des opportunitĂ©s dâemplois aux femmes, dans ce qui pourrait devenir une nouvelle industrie locale.