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Front Anarchiste – Version Française

Front Anarchiste – Version Française

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link.kompektiva.org/@anarchistfront Front Anarchiste (Iran et Afghanistan) – Chaîne française Cette chaîne propose des nouvelles et des analyses basées sur les publications en persan du Front Anarchiste, actif en Iran et en Afghanistan.

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2 juin 1983 : 59 vies que le régime voulait effacer Il y a quarante-trois ans, à l’aube, le régime assassinait 59 jeunes dans la prison de Tabriz. Leur crime était d’être kurdes. Leur procès ne dura que quelques minutes. Il ne leur fut pas permis d’écrire une dernière lettre à leurs familles. Certains avaient moins de dix-huit ans. C’étaient des étudiants, des travailleurs, de jeunes militants de Mahabad, arrêtés durant les premiers mois de 1983 au cours d’une vague de répression coordonnée ordonnée par le gouverneur de Mahabad, Hamid Reza Jalaeipour, en coordination avec le camp militaire Hamzeh et avec le soutien explicite du ministre de l’Intérieur de l’époque, Nategh Nouri. Ils furent transférés de Mahabad à Tabriz, condamnés à mort lors de procédures expéditives ayant duré quelques minutes seulement, puis fusillés. Le régime annonça leur exécution dans un communiqué publié à Mahabad. Il les nomma un par un. Il ne ressentit nul besoin de se justifier davantage. Être kurde et soutenir des organisations politiques kurdes suffisait. Il ne s’agit pas d’une histoire ancienne. Ceux qui ordonnèrent ce massacre n’étaient pas des figures marginales : ils faisaient partie intégrante de la structure institutionnelle du régime. La méthode — arrestations de masse, transferts secrets, procès sommaires expéditifs et exécutions — a été reproduite en 1988, en 2019, en 2022, puis encore en 2025 et 2026. Le régime n’a jamais changé ses méthodes. Il n’a fait que changer ses victimes. Voici leurs noms. Nous les prononçons tous : Abbas Hosseinpour, Abbas Yousefi, Abdollah Tahriyan, Aboubakr Shokri, Ahmad Kahroubi, Ali Abade, Ali Baneiyan, Ali Baziyan, Ali Ghaware, Ali Golparast, Ali Mazna, Ali Salahi, Feridoun Shanga, Gholamreza Barezi, Hamed Mahmoud Kando, Hasan Jahani, Hasan Rahmanian, Hejar Karimi, Homayon Niloufari, Hossein Kalhori, Ibrahim Amini, Inshallah Naderi, Kamal Chawshini, Kamal Karimi, Kamran Zaher Hejazi, Karim Kaveh, Karim Rahimian, Kazem Khatooni, Khaled Rahim Azar, Khaled Safayi, Khalegh Barzani, Khezer Rangin, Maghsoud Mahmoudi, Mahmoud Rizeyi, Mansour Janah, Mohamad Farough Baziar, Mohammad Aboubakri, Mohammad Amin Ahmadi, Mohammad Hosseini, Mohammad Mashoodi, Mohammad Olyayi, Mohammad Salimi, Mohammad Amin Safa, Molla Hasan Lajavardi, Mostafa Faghri, Mostafa Ismati, Rahman Khezerpour, Rahman Rahimi, Saleh Farhoudi, Saleh Mam Ibrahimi, Seyed Ibrahim Ahmadi, Seyed Mahmoud Seyed Mahmoudi, Shokri Naderi, Siyamak Saghezi, Soleiman Hasanzadeh, Vafa Elyasi, Yousef Ayazi, Yousef Habibpanah, Yousef Hasanzadeh. Cinquante-neuf noms. Cinquante-neuf vies. Cinquante-neuf personnes que le régime décida d’effacer en une seule matinée. Chaque année, le 2 juin, les habitants de Mahabad tentent de se rassembler sur leurs tombes. Chaque année, le régime encercle le cimetière avec les forces de sécurité, ferme les entrées et tente d’empêcher le deuil et la commémoration. En 2023, quarante ans après le massacre, des personnes se sont malgré tout réunies à l’extérieur du cimetière bloqué, tenant les photographies des exécutés ainsi que celles des victimes du soulèvement Femme–Vie–Liberté. Les morts s’accumulent. Le régime continue d’essayer d’effacer leur mémoire. Il n’a pas réussi. Il ne réussira jamais. Le massacre du 2 juin 1983 n’est pas une note de bas de page dans l’histoire kurde. Il constitue l’un des chapitres d’une politique continue : l’élimination systématique de la vie politique kurde par les exécutions, les disparitions, la répression culturelle et la dévastation économique. Dès ses premiers jours, le régime a déclaré une guerre sainte contre le peuple kurde. Voilà quarante-sept ans qu’il mène cette guerre. Nous n’oublions pas. Nous ne pardonnons pas. Nous portons leurs noms avec nous. Jin — Jiyan — Azadi ! Ni Mollah ! Ni Shah ! Ni Guerre !

🛜 Le coût de la connexion à Internet a été multiplié par huit ; les VPN sont devenus une dépense fixe des ménages Le coût d’accès à l’Internet libre en Iran, après trois mois d’interruptions continues et dans un contexte de filtrage persistant et de perturbations généralisées de la connectivité, est devenu une dépense permanente des ménages. Un rapport publié par Eghtesad News montre que le marché des VPN, comme de nombreux autres biens et services, a connu une forte flambée des prix, et que le coût du fait de « rester connecté » pour les utilisateurs iraniens a été multiplié à plusieurs reprises. Selon ce rapport, avant les coupures massives d’Internet de janvier 2026, un forfait VPN de 30 jours et 30 gigaoctets était vendu 59 900 tomans, soit environ 1 996 tomans par gigaoctet. Aujourd’hui, ce même forfait coûte 439 000 tomans, portant le prix par gigaoctet à environ 14 633 tomans. Un forfait de 50 gigaoctets, auparavant vendu 92 500 tomans, est désormais proposé à 719 000 tomans, soit une augmentation d’environ 7,7 fois. Sur d’autres forfaits, les hausses sont encore plus marquées et, selon le rapport, les prix des VPN ont augmenté entre 7 et 9,4 fois par rapport à la période précédant la nouvelle vague d’interruptions et de restrictions. Pour un ménage de deux personnes ayant une consommation moyenne, cette évolution représente une charge mensuelle nouvelle et significative. Si chaque personne utilise 50 gigaoctets de VPN par mois, le coût passe de 185 000 tomans à environ 1 438 000 tomans. Même dans le cas d’un forfait partagé de 100 gigaoctets, la dépense mensuelle augmente de 169 500 tomans à environ 1 349 000 tomans. Eghtesad News souligne que cette forte hausse des prix s’est produite sans amélioration notable de la qualité de l’Internet : les débits restent instables, les routes d’accès peu fiables et la sécurité des services incertaine. En pratique, les utilisateurs paient une première fois pour l’accès à Internet, puis une seconde fois pour contourner les restrictions appliquées à ce même Internet. Pour les ménages, cela représente une nouvelle charge financière, tandis que pour les travailleurs indépendants, journalistes, étudiants, créateurs de contenu et activités dépendantes des réseaux sociaux, les VPN ne sont plus une option mais une infrastructure indispensable. D’autres rapports confirment la même tendance. En avril 2026, Fararu indiquait que certaines souscriptions mensuelles à des VPN atteignaient près de trois millions de tomans, absorbant jusqu’à 30 à 35 % du salaire moyen d’un travailleur.

🛑 Deux manifestants des protestations de janvier à Gisha exécutés L’agence de presse Mizan, affiliée à l’appareil judiciaire de la République islamique, a annoncé l’exécution de Mehrdad Mohammadinia et d’Ashkan Maleki, deux manifestants ayant participé aux protestations de janvier 2026. Les deux manifestants ont été exécutés dans la matinée du 1er juin 2026, moins de cinq mois après leur arrestation, et aucun rapport n’a été publié concernant le déroulement du procès ni les conditions de leur défense. Mehrdad Mohammadinia et Ashkan Maleki étaient accusés, dans l’affaire dite de la « mosquée Jafari », d’avoir bloqué des rues et incendié une mosquée. Cette affaire comprend également un autre accusé nommé « Arman Marefati », et des sources de défense des droits humains ont exprimé leur inquiétude quant au risque d’exécution de ce manifestant également. Parmi les accusations retenues contre les deux manifestants figurent « tentative de destruction et incendie volontaire d’une mosquée », « destruction de biens publics », « affrontements avec les forces de l’ordre » ainsi que « blocage des rues et entrave à la circulation publique ». Jusqu’à présent, au moins 41 personnes ont été exécutées et, avec la mort des frères Veisi, le nombre total de manifestants et de prisonniers politiques tués s’élève désormais à 43. (Mojtaba et Meysam Veisi, recherchés par les forces de sécurité après les protestations de janvier 2026, ont été abattus lors d’une attaque armée directe dans la nuit du jeudi 28 mai 2026.)

🛜 Le retour d’Internet en Iran : la connectivité existe, mais ni la confiance ni l’accès libre Malgré l’annonce officielle concernant le rétablissement de l’accès à Internet international, les rapports nationaux et internationaux publiés ces derniers jours dressent un tableau très différent : filtrage massif, perturbations des applications de messagerie, restrictions des app stores et instabilité des connexions des centres de données se poursuivent sans relâche. Le trafic Internet en Iran n’a toujours pas retrouvé même la moitié de son niveau normal. Dans sa dernière évaluation, NetBlocks a indiqué que la situation actuelle rappelle la période comprise entre les manifestations de janvier et le récent conflit, plutôt que la situation antérieure à la crise. Par ailleurs, le site Digiato estime le niveau d’accès à environ 86 %, tandis que l’entreprise Kentik évalue le trafic Internet réel à seulement 40 % des niveaux précédant la coupure. Cet écart même entre « connectivité » et « trafic réel » montre que le rétablissement de la connexion ne signifie pas nécessairement un retour à une utilisation normale. https://t.me/SelfAid_Secure

🛑 Reportage de la première chaîne allemande sur les accusations visant Reza Pahlavi et ses partisans La première chaîne de télévision allemande (ARD) a diffusé un reportage consacré aux critiques et aux accusations formulées à l’encontre du comportement des partisans de Reza Pahlavi dans l’espace numérique et sur la scène politique. Selon ce reportage, certains soutiens de Reza Pahlavi auraient été accusés d’organiser des attaques coordonnées sur les réseaux sociaux, de discréditer les critiques et d’employer un langage injurieux et offensant contre leurs opposants. Le reportage a également évoqué l’affaire du meurtre de « Massoud Masjedi », mathématicien et militant politique résidant au Canada. Selon des sources informées, la prochaine audience dans cette affaire doit se tenir le 4 juin devant un tribunal de Vancouver. Massoud Masjedi avait disparu au mois de février, et son corps avait été découvert en mars en Colombie-Britannique. Opposant à la République islamique, il avait, ces dernières années, formulé de vives critiques à l’encontre de Reza Pahlavi et du courant monarchiste, tout en déposant plusieurs plaintes judiciaires contre certaines figures de cette mouvance politique.

⚠️ Appel aux proxys Snowflake Actuellement, le réseau Tor Snowflake subit une forte pression de la part des utilisateurs iraniens. Si vous disposez d'un serveur (comme la plupart des VPS) ayant accès à Internet libre et sans NAT, vous pouvez contribuer à étendre le réseau en exécutant ces commandes sur Debian :
sudo apt install snowflake-proxy
sudo systemctl enable snowflake-proxy --now
Faire tourner un proxy Snowflake n'impose ni charge significative sur le serveur, ni consommation excessive de bande passante, mais aide concrètement les utilisateurs iraniens à se connecter à un Internet libre. Si vous êtes derrière un NAT (comme la plupart des utilisateurs domestiques), il vous suffit d'ouvrir cette page avec Firefox, d'activer le proxy Snowflake et de laisser l'onglet ouvert : [https://embed-snowflake.torproject.org]

"Comment les anarchistes ont perçu la Révolution Iranienne" Tom Goyens est titulaire d’un doctorat et professeur d’histoire à
"Comment les anarchistes ont perçu la Révolution Iranienne" Tom Goyens est titulaire d’un doctorat et professeur d’histoire à la Salisbury University (Maryland, États-Unis). Il est chercheur et auteur spécialisé dans l’histoire du mouvement anarchiste aux États-Unis, avec une attention particulière portée à l’anarchisme des immigrés et à ses dimensions transnationales. Texte en anglais Partie 1 https://tomgoyens.substack.com/p/how-anarchists-saw-the-iranian-revolution Partie 2 https://tomgoyens.substack.com/p/how-anarchists-saw-the-iranian-revolution-a46 Partie 3 https://tomgoyens.substack.com/p/how-anarchists-saw-the-iranian-revolution-9aa

L’avenir n’appartient ni aux dirigeants, ni aux sauveurs, ni à de nouveaux États ; l’avenir appartient aux personnes qui apprennent à construire leur propre monde sans maîtres, sans chefs et sans chaînes. Ni Mollahs ! Ni Shah ! Ni Guerre ! Femme-Vie-Liberté !

D’un point de vue anarchiste, le problème n’est pas seulement la République islamique ; le problème réside dans la logique même de l’État. L’État, quelle que soit sa forme idéologique, est une institution qui garantit sa survie à travers le monopole de la violence, le contrôle du récit et la production de l’obéissance. La « République islamique » proclame extérieurement des slogans contre l’impérialisme occidental, mais dans la pratique elle emploie les mêmes techniques que de nombreux États modernes utilisent pour contenir la société : surveillance, sécurisation, propagande, diffusion de la peur et construction d’un « ennemi intérieur ». Le récent communiqué montre également que le gouvernement ne se contente plus de contrôler le territoire géographique ; il cherche désormais à contrôler aussi la mémoire, le langage et l’imaginaire politique de la société. Menacer les opposants à l’étranger signifie que l’État cherche à vider même l’exil de toute signification politique ; qu’aucune distance ne doit permettre la libre parole. Voilà le visage nu du pouvoir moderne : un gouvernement qui cherche à monopoliser non seulement les comportements, mais également le récit même de la réalité. Dans une telle situation, le langage officiel du gouvernement constitue moins un signe de puissance qu’un signe de décomposition. Un régime contraint de parler constamment d’« ennemis vaincus » avoue en réalité indirectement sa propre fragilité. Car le véritable ennemi de toute structure autoritaire n’est pas constitué par les gouvernements étrangers, mais par la possibilité d’êtres humains conscients, de réseaux d’entraide mutuelle et de solidarité indépendante, ainsi que d’une société qui n’obéit plus au langage de la peur. L’anarchisme commence précisément à partir de ce point : le refus du principe selon lequel la sécurité devrait être obtenue au prix de l’obéissance. Face à un État qui transforme tout en champ de bataille, la réponse radicale ne consiste pas à chercher refuge auprès de puissances mondiales rivales, mais à construire des formes horizontales de solidarité, de résistance et d’auto-organisation/autogestion sociale. Car tant que le pouvoir continuera à se reproduire sous la forme de l’État, de l’appareil sécuritaire et de la hiérarchie centralisée, il aura toujours besoin d’un « ennemi » — même si cet ennemi est l’immense majorité de la population elle-même. La réalité n’est rien d’autre que celle-ci : les soulèvements continus de ces dernières années, en particulier le mouvement révolutionnaire Femme-Vie-Liberté, ont infligé des fractures profondes et sérieuses au corps de cet ordre répressif et autoritaire, arrachant une fois de plus son masque fascisant et montrant que le pouvoir de la « République islamique » n’est pas un monstre mythique ou surnaturel, mais un phénomène terrestre ; et contrairement aux apparences, il n’est pas invincible. Ainsi, ce qui demeure encore debout, plus que toute autre chose, c’est la continuité de la peur et la fragmentation des opprimés. Des personnes qui avaient été réduites au silence pendant des années ont soudain compris que le « pouvoir » n’est pas une entité céleste, mais une relation qui peut être brisée. Car chaque État s’effondre lorsque les individus se soulèvent non seulement contre lui, mais également au-delà de la logique de l’obéissance et de la hiérarchie, en construisant de nouvelles formes de solidarité, d’entraide mutuelle et d’autogouvernement (auto-organisation/autogestion). Néanmoins, aucun gouvernement ne disparaît uniquement sous l’effet de la haine. La tyrannie s’effondre lorsque les êtres humains créent de nouvelles formes de vie en dehors de la logique de l’obéissance : la solidarité au lieu de la compétition, l’autogouvernement au lieu du commandement, et la liberté au lieu de la soumission. Ceux qui siègent sur le trône du pouvoir craignent davantage des individus armés de conscience que n’importe quelle arme ; car l’État, aussi sanguinaire et violent soit-il, ne peut survivre sans l’habitude d’obéir entretenue au sein du peuple.

Une analyse anarchiste du récent communiqué du « ministère du Renseignement » concernant les menaces de poursuites judiciaires contre les opposants et les manifestants Auteur : Hasse-Nima Golkar La « République islamique », après quarante-sept années de répression, d’emprisonnements, de torture, de massacres et de destruction de la vie sociale en Iran, demeure l’un des gouvernements les plus violents et meurtriers, poursuivant sa domination comme une machine usée mais toujours en fonctionnement. Cependant, si cette structure est encore debout, ce n’est pas uniquement grâce à sa force répressive ; c’est surtout parce que nous ne sommes pas encore parvenus à créer des formes durables d’entraide mutuelle, de solidarité, d’auto-organisation horizontale (sans hiérarchie) et de résistance collective capables de la neutraliser. Selon les informations rapportées par les médias internes, aujourd’hui (27 mai 2026), le Corps des gardiens de la révolution islamique, principal bras militaro-économico-politique de l’État islamique chiite fascisant au pouvoir en Iran, a diffusé un long communiqué par l’intermédiaire du « ministère du Renseignement » (dont le ministre a été tué par le gouvernement israélien durant la récente guerre). Dans ce texte, aux côtés de la rhétorique habituelle et des vantardises concernant des « victoires militaires contre des ennemis vaincus dans une guerre hybride totale » (Amérique-Israël-Angleterre-Europe et certains pays arabes), le régime menace de poursuites judiciaires ses opposants et manifestants, désignés comme des « mercenaires contre-révolutionnaires, éléments terroristes résidant à l’étranger et soutiens des ennemis vaincus ». Ce qui apparaît dans ce communiqué n’est pas simplement un texte sécuritaire ou un « avertissement juridique » ; il s’agit plutôt d’un document clair et éloquent révélant l’angoisse profonde d’une structure de pouvoir qui, au cours de ses quarante-sept années de survie honteuse, a recherché sa continuité non pas dans le consentement social, mais dans la production de la peur, la fabrication d’ennemis et l’expansion permanente de l’appareil répressif. Derrière les paroles grandiloquentes évoquant une « victoire contre la guerre hybride des ennemis », on perçoit le tremblement d’un gouvernement qui craint davantage sa propre société que n’importe quelle force extérieure. Les gouvernements autoritaires et avides de domination recourent toujours au mythe du « siège permanent » afin de dissimuler la crise de leur légitimité populaire. Dans ce récit, les personnes mécontentes cessent d’être des êtres humains porteurs de revendications réelles ; elles deviennent soudainement des « mercenaires », des « agents étrangers », des « terroristes » ou des « soldats de l’ennemi ». De cette manière, le gouvernement tente d’expliquer les causes réelles des protestations non, d’une part, par l’absence de liberté-égalité-justice, ni, d’autre part, par l’existence de l’exploitation, de la pauvreté, du chômage, du mal-logement, des discriminations et de la répression, mais plutôt par des « mains étrangères ». Il s’agit du procédé classique de tous les pouvoirs centralisés : retirer la politique à la société et transformer toute forme d’opposition en question sécuritaire. Mais la contradiction principale réside précisément ici : si la « République islamique » est réellement aussi « victorieuse » et « puissante » qu’elle le prétend, pourquoi est-elle si terrifiée par les travailleurs, les manifestants, les militants exilés, les écrivains et même les voix dispersées sur les réseaux sociaux ? Un pouvoir qui dépend constamment des menaces, des aveux forcés, des dossiers fabriqués et d’une atmosphère de sécurisation permanente révèle en réalité non pas sa force, mais sa crise permanente ainsi que l’absence de légitimité et d’adhésion populaire. Les gouvernements qui ont confiance en leur propre peuple n’administrent pas la société comme s’il s’agissait d’un champ de bataille.

Nous ne romantisons pas la lutte armée. Nous en connaissons le coût. Nous savons qui le paie : toujours les plus pauvres, toujours les plus marginalisés qui vivent sur les territoires où les combats ont lieu. Mais nous refusons également le récit qui réduit toute résistance d’un peuple colonisé au terrorisme. Le Pakistan qualifie le BLA de terroriste. L’Iran qualifie les militants baloutches de terroristes. Les mêmes États qui ont pratiqué des disparitions forcées, exécuté des personnes en raison de leur appartenance ethnique et pillé pendant des décennies les richesses naturelles du Baloutchistan prétendent aujourd’hui définir qui est terroriste et qui défend la sécurité nationale. Nous rejetons cette définition parce que le peuple baloutche a le droit de résister à l’occupation de sa terre, à l’effacement de sa culture et à la pauvreté systématique imposée par des États construits sur son existence même. Et nous observons particulièrement ce qui se produit concernant les femmes. La participation croissante des femmes à la résistance baloutche reflète une véritable subjectivité politique, un approfondissement de la conscience politique né de décennies de traumatisme collectif et de répression identitaire. Lorsqu’une femme du Baloutchistan prend les armes, elle ne le fait pas dans un vide politique. Elle le fait dans une société où ses frères ont disparu, où sa langue a été exclue des écoles, où sa province a été dépouillée de ses ressources et où chaque forme pacifique de protestation a été réprimée par des arrestations ou des exécutions. Shaynaz Baloch, vêtue de ses habits traditionnels aux côtés de ses combattantes, n’est pas une image de propagande détachée de la réalité. Elle est l’image d’un peuple qui, après avoir tenté toutes les autres voies pendant des décennies, a décidé de ne pas disparaître en silence. ## Le Baloutchistan au-delà des frontières La situation des femmes baloutches dans le Baloutchistan iranien — séparées de leurs homologues pakistanaises par une frontière dépourvue de sens culturel — est tout aussi dramatique et tout aussi invisible. Dans le Baloutchistan iranien, les femmes subissent le triple poids dont nous avons déjà parlé : l’oppression de genre, l’oppression de l’identité nationale et l’oppression de classe. La province a été systématiquement maintenue dans le sous-développement. Les mariages précoces y figurent parmi les plus élevés d’Iran. La mortalité maternelle y est la plus importante du pays. L’accès des filles à l’éducation y est gravement limité. La République islamique a ajouté à ces conditions structurelles une couche supplémentaire de répression politique : des militants et militantes baloutches, y compris de nombreuses femmes, ont été arrêtés, torturés et exécutés. La province reçoit très peu d’attention de la part des médias internationaux. Son peuple demeure invisible. Les femmes du Baloutchistan, de part et d’autre d’une frontière qu’elles n’ont pas choisie, mènent le même combat sous des drapeaux différents. ## Ce que signifie la solidarité En tant qu’anarchistes, notre solidarité envers le peuple baloutche — dans la géographie de l’Iran, du Pakistan et de l’Afghanistan — est inconditionnelle. Une solidarité envers un peuple divisé, colonisé, exploité et effacé par les États depuis plus d’un siècle, et qui refuse d’accepter cette condition comme un destin permanent. L’émergence de Shaynaz Baloch en tant que commandante femme reconnue et visible constitue un moment important, car elle représente le refus manifeste d’un peuple de rester invisible. Et les femmes qui portent ce refus méritent d’être vues, nommées et retenues dans la mémoire collective. Le peuple baloutche n’est pas oublié. Pas par nous.

Shaynaz Baloch : la résistance d’un peuple a le visage d’une femme Cette semaine, l’Armée de libération du Baloutchistan (BLA) a publié quelque chose qu’elle n’avait encore jamais rendu public : l’identité et les images d’une commandante femme. Son nom est Shaynaz Baloch. Elle dirige l’unité féminine du BLA. Et son apparition, vêtue de l’habit traditionnel baloutche, armée et à la tête de combattantes, ne constitue pas seulement un développement militaire. C’est un événement politique. En tant qu’anarchistes, nous avons notre propre analyse de la lutte armée, mais nous voulons affirmer clairement une chose : le peuple baloutche existe, sa résistance est réelle, et les femmes présentes sur cette photographie ne sont pas des terroristes. Ce sont des combattantes de la liberté. ## Qui est le peuple baloutche ? Les Baloutches sont un peuple divisé entre trois États — l’Iran, le Pakistan et l’Afghanistan — par des frontières tracées sans leur consentement, au service d’empires qui n’avaient aucune intention de les consulter. Environ cinq millions de Baloutches vivent dans le « Baloutchistan iranien ». Environ quinze millions vivent dans le « Baloutchistan pakistanais ». Un nombre plus restreint vit en Afghanistan. Les trois États les ont traités de la même manière : comme une ressource à exploiter et un problème à administrer. Dans le Baloutchistan iranien, la discrimination structurelle est totale. La province connaît le taux de pauvreté le plus élevé d’Iran, l’un des plus faibles taux d’alphabétisation, les investissements les plus limités en infrastructures, ainsi que le plus fort taux d’exécutions par habitant parmi tous les groupes ethniques. La République islamique a répondu à toute expression de l’identité baloutche — culturelle, linguistique ou politique — par des opérations sécuritaires, des arrestations et des exécutions massives. Dans le Baloutchistan pakistanais, le schéma est identique : disparitions forcées, opérations militaires, répression systématique de la langue et de la culture baloutches, extraction des ressources naturelles (gaz, cuivre, or), tandis que la population locale vit sans électricité ni eau potable. Les deux États qualifient de « terroristes » celles et ceux qui résistent à cette situation. Les deux États utilisent ce terme depuis des décennies. Pourtant, ce mot n’a pas fait disparaître la résistance ; il a seulement rendu plus difficile pour le reste du monde de l’entendre. ## Shaynaz Baloch et les combattantes Dans une vidéo diffusée par Hakkal — la branche médiatique du BLA — Shaynaz Baloch a accusé l’État pakistanais d’opprimer le peuple baloutche et de réprimer sa culture, son identité et ses droits. Elle a déclaré que la société baloutche avait historiquement traité les femmes avec égalité et dignité, et que la domination coloniale ainsi que l’État pakistanais avaient créé des divisions au sein de cette société, affaiblissant sa structure culturelle et sociale. Elle a salué la participation des femmes à la lutte et affirmé que les combattantes n’étaient plus des « cibles faciles ». Elle a déclaré que les femmes occupaient désormais des positions de commandement et de direction au sein de l’organisation et participaient activement aux côtés des hommes. Elle a décrit le conflit comme « une guerre imposée » au peuple baloutche, insistant sur le fait que la résistance est portée par « la conscience, la compréhension et une philosophie », plutôt que par l’émotion ou l’héroïsme. L’apparition officielle d’une commandante femme identifiée publiquement est décrite par les analystes comme un changement dans la stratégie médiatique du BLA : une tentative d’élargir son influence sociale au sein de la société baloutche et de signaler une transformation structurelle de l’organisation. La participation des femmes à la résistance baloutche n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau, c’est sa visibilité publique, son institutionnalisation et son rôle dirigeant. ## La lecture anarchiste

Via Netblocks 🫶 Bon retour parmi nous, l' #Iran ! Les données quantitatives montrent une nette augmentation de la connectivi
Via Netblocks 🫶 Bon retour parmi nous, l' #Iran ! Les données quantitatives montrent une nette augmentation de la connectivité au fur et à mesure que les réseaux mobiles et d'autres segments se reconnectent à l'Internet global : - l'Internet filtré reste en place mais il est désormais possible de le contourner - l'accès à WhatsApp est désormais restreint et requiert donc des détours pour y accéder - certain•es utilisatrices ou utilisateurs sont toujours hors ligne

Gholamreza Khani Shakarab exécuté sous l’accusation d’« espionnage » Le Centre des médias du pouvoir judiciaire a annoncé l’exécution de Gholamreza Khani Shakarab, détenu accusé d’espionnage et d’activités de renseignement au profit d’Israël. La sentence a été appliquée après avoir été confirmée par la Cour suprême. Selon les données recueillies par HRANA, depuis le début du conflit militaire, le processus de prononciation et d’exécution des condamnations à mort dans les affaires politiques et sécuritaires a connu une augmentation significative, et jusqu’à présent, au moins 39 détenus accusés de tels chefs d’inculpation ont été exécutés au cours de cette période. Le Centre des médias du pouvoir judiciaire a affirmé que Gholamreza Khani Shakarab était « l’un des principaux responsables opérationnels du Mossad à l’étranger » et que, conformément aux objectifs de ce service de renseignement, il avait recruté des individus à l’intérieur de l’Iran et les avait employés dans la réalisation « d’activités contre la sécurité nationale ». Il a également été affirmé qu’en raison de son activité dans une discipline sportive et de ses nombreux voyages dans les pays voisins, il serait entré en contact avec le Mossad à l’étranger avant d’être recruté par ce service. Selon ces accusations, après son recrutement, il aurait eu pour mission, en tant que responsable de réseau, de recruter d’autres personnes à l’intérieur du pays et, après validation par des officiers du Mossad, de les affecter à l’exécution de diverses missions.