𝐄𝐥 𝐇𝐚𝐝𝐣 𝐓𝐚𝐰𝐚𝐭 𝐌𝐚𝐦𝐚, 𝐥'𝐡𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐯𝐨𝐮𝐥𝐚𝐢𝐭 𝐥𝐚 𝐩𝐥𝐚𝐜𝐞 𝐝𝐮 𝐩𝐫𝐞́𝐬𝐢𝐝𝐞𝐧𝐭 𝐀𝐡𝐢𝐝𝐣𝐨
Il y a 16 ans disparaissait El Hadj Tawat Mama.
L'Histoire retient les grands dirigeants. Mais elle se nourrit aussi de ces hommes de l'ombre qui, par leur humanité, leur loyauté et leur générosité, laissent une empreinte indélébile dans le cœur de ceux qui les ont connus.
Il y a toujours l'histoire des petites gens. Ceux qui ouvrent les portières, qui attendent dans les couloirs, qui savent tout et ne disent rien.
Ceux-là aussi méritent qu'on se souvienne.
L'une des anecdotes les plus célèbres de sa vie remonte au 29 décembre 1980, au Palais de l'Unité, quelques instants avant la photo officielle du président Ahmadou Ahidjo.
Le dispositif de sécurité est en place. Le fauteuil présidentiel est prêt. Il ne manque plus que le chef de l'État.
Dans une ambiance tendue, El Hadj Tawat Mama, alors chauffeur du président, décide de détendre l'atmosphère.
Avec son humour légendaire, il s'assoit quelques secondes sur le fauteuil présidentiel, comme pour jouer au chef de l'État. Au même instant, le président Ahidjo arrive.
Silence. Stupeur. Panique générale.
Mais là où tous s'attendent à une sévère réprimande, Ahmadou Ahidjo éclate de rire et lance :
« C'est donc vous qui voulez prendre ma place, Monsieur Tawat ? Allez, photographe, prenez d'abord sa photo avant la mienne ! »
L'assistance éclate à son tour de rire. Ce cliché, devenu historique, est le témoignage d'un moment de complicité, mais aussi de la confiance que le président accordait à l'un de ses plus fidèles collaborateurs.
El Hadj Tawat Mama s'est éteint le 22 juillet 2010.
Au-delà de cette photographie devenue célèbre, ceux qui l'ont connu gardent le souvenir d'un homme profondément bon, accessible et bienveillant. Il accueillait chacun avec une affection paternelle, prodiguait des conseils, tendait la main sans rien attendre en retour et gardait toujours sa porte ouverte.
Sa vie fut un véritable hommage aux valeurs de paix, de tolérance, d'intégrité, de fidélité et d'humanisme. La sagesse et la bienveillance étaient les marques de son caractère.
Son parcours dans l'administration camerounaise, dès les années 1950, l'a conduit à servir aux côtés des Pères fondateurs de la Nation. Il eut pour mentor Arouna Njoya, servit avec fidélité le président Ahmadou Ahidjo, puis conserva la confiance du président Paul Biya au lendemain de l'alternance de 1982.
Le Dr Adamou Ndam Njoya lui vouait également une profonde estime. Lors de ses obsèques, il confia avec émotion qu'il venait, une fois de plus, de perdre un père.
À ses enfants, El Hadj Tawat Mama répétait souvent cette leçon de vie :
« Mes enfants, tout ce qui brille n'est pas or. »
Seize ans après son départ, son souvenir demeure vivant.
Car les hommes de cette trempe ne disparaissent jamais vraiment. Ils continuent de vivre à travers les valeurs qu'ils ont incarnées et les vies qu'ils ont touchées.
Texte écrit avec la courtoisie de Cathy Yogo et Mamoud Tawat
L'oubli est la ruse du diable.
Arol KETCH
Rat des archives