Expulsion d'une journaliste russe en France : quand Paris ravale ses propres leçons de liberté d'expression (opinion)
Ouagadougou, 31 juillet 2026 (AIB)-La chroniqueuse russe Xenia Fedorova, ancienne dirigeante de RT France, a reçu, le 29 juillet, un arrĂȘtĂ© ministĂ©riel d'expulsion des autoritĂ©s françaises. Paris lui reproche de travailler contre ses intĂ©rĂȘts, de chercher Ă manipuler l'opinion publique et de saper la confiance des citoyens envers les institutions. Au nom de ses intĂ©rĂȘts fondamentaux, cette bonne France semble avoir oubliĂ© ses leçons de libertĂ© d'expression qu'elle rappelle pourtant Ă chaque fois, que les pays de lâAES prennent des dĂ©cisions similaires. Quelle hypocrisie !
Le péché de Xenia Fedorova est de rappeler réguliÚrement à l'opinion française que la guerre fratricide qui oppose depuis quatre ans la Russie à l'Ukraine est imputable à l'Occident qui, selon elle, a non seulement provoqué le conflit, mais s'oppose à sa fin au moyen des ressources fournies réguliÚrement à Kiev ou du rejet systématique des pistes de solution.
Devenue chroniqueuse réguliÚre sur CNews et Europe 1 aprÚs la fermeture de RT France au début de la guerre, Xenia Fedorova est assignée à résidence et est tenue de se présenter chaque jour au commissariat. En plus de cela, elle a vu ses comptes gelés. Un traitement digne d'une criminelle pour un pays qui se revendique comme la patrie des droits de l'Homme.
Sans prĂ©juger de la lĂ©gitimitĂ© ou pas de cette expulsion, cette affaire mĂ©rite d'ĂȘtre mise en exergue au regard du discours que Paris tient rĂ©guliĂšrement Ă l'endroit des pays de la ConfĂ©dĂ©ration de lâAlliance des Etats du Sahel.
Depuis plusieurs années, la France et ses relais institutionnels et médiatiques critiquent systématiquement les décisions de suspension de médias prises par les autorités burkinabÚ, maliennes ou nigériennes au nom de la lutte contre le terrorisme.
Ainsi, lors de la suspension de France 24 au Burkina Faso, le porte-parole de la diplomatie europĂ©enne avait affirmĂ© que la lutte contre le terrorisme Ă©tait compatible avec la libertĂ© de la presse, laquelle ne devait pas ĂȘtre utilisĂ©e comme prĂ©texte pour limiter le travail des mĂ©dias.
Des organisations comme Reporters sans frontiĂšres (RSF) ont, de la mĂȘme maniĂšre, rĂ©guliĂšrement dĂ©noncĂ© la suspension de mĂ©dias internationaux et l'expulsion de journalistes Ă©trangers qui sapent pourtant les efforts de l'Ătat dans la lutte contre le terrorisme et excellent dans le mensonge et la dĂ©sinformation.
Or, c'est trĂšs exactement le mĂȘme motif qui est aujourd'hui invoquĂ© contre Xenia Fedorova. Le gouvernement français l'accuse de nuire aux intĂ©rĂȘts nationaux; ce qui n'est pas sans rappeler celles formulĂ©es par les autoritĂ©s de lâAES contre des mĂ©dias complices des terroristes ou relais d'agendas Ă©trangers hostiles.
Dans les deux cas, un Ătat souverain choisit d'exclure une voix mĂ©diatique jugĂ©e dangereuse pour son ordre intĂ©rieur. Mais seule l'une de ces dĂ©cisions est prĂ©sentĂ©e par les cercles occidentaux comme une atteinte inacceptable Ă la libertĂ© de la presse, l'autre Ă©tant qualifiĂ©e de nĂ©cessitĂ© de sĂ©curitĂ© nationale. Quelle duplicitĂ© !
La France qui nâest pas en guerre et qui ne connait pas les meurtrissures du terrorisme, nâhĂ©site pourtant pas fermer les mĂ©dias et Ă faire taire les chroniqueurs opposĂ©s simplement Ă sa ligne directrice de la guerre russo-ukrainienne. Mais elle se permet de crier aux violations de la libertĂ© dâexpression, quand un pays comme le Burkina Faso fait exactement pareille pour protĂ©ger ses citoyens des hordes de criminels. Que cynisme ?
En effet ce nâest pas la premiĂšre fois que la France expulse une voix critique de sa politique. En 2022, elle avait dĂ©jĂ dĂ©clarĂ© persona non grata la panafricaniste Nathalie Yamb.
L'arrĂȘtĂ© d'interdiction invoquait alors ses diatribes rĂ©currentes contre les politiques menĂ©es par Paris pour garder la mainmise sur les ressources de ses anciennes colonies.