Fermer les yeux sur les erreurs des autres.(At-Taghâfoul)
Le fait de fermer les yeux sur les erreurs des autres, compte parmi les plus nobles traits de caractère. C’est par cette noble et vertueuse moralité que les relations perdurent, que l’affection grandit et s’épanouit. Se montrer volontairement inattentif consiste à feindre l'ignorance tout en ayant pleine connaissance et conscience de ce que l'on feint d'ignorer, par générosité d'âme et par grandeur face aux futilités. Ainsi, celui qui applique le Taghâfoul est conscient de l'erreur commise et a le pouvoir de punir le fautif, mais il choisit de fermer les yeux afin de préserver le lien d'affection.
L'Imam Ahmed ibn Hanbal a dit au sujet de ce grand trait de caractère : « Les neuf dixièmes du bon comportement résident dans le fait de fermer les yeux sur les défauts des autres. »
Le maître des successeurs, Al-Hassan al-Basrî, a dit à ce propos : « Fermer les yeux a toujours fait partie des actes des gens honorables. »
Ibn al-Moubarak : « Le croyant cherche des excuses [aux autres], tandis que l'hypocrite cherche leurs faux pas. »
Le Taghâfoul que nous visons ici signifie que l'être humain ne doit pas se montrer trop méticuleux ou pointilleux concernant ses droits personnels. Il ne s'agit en aucun cas de fermer les yeux sur les manquements envers les droits d'Allâh, tels que les prières, le jeûne ou le hijab. Dans ces domaines, l'indulgence par omission n'est pas permise ; il incombe d'ordonner le bien avec douceur et d'interdire le blâmable avec douceur, tout en gardant à l'esprit ce hadith : Le Prophète Mouhammed (ﷺ) a dit : « Chacun d'entre vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau. »
Malheureusement, beaucoup de gens ferment les yeux sur les droits d'Allâh, mais refusent de céder le moindre de leurs propres droits. Ô serviteur d'Allâh, le fait de fermer les yeux sur certaines erreurs commises à l'égard de ton droit personnel pérennise l'harmonie et préserve l'amour.
Ce comportement doit être adopté entre les musulmans de manière générale, et même entre le musulman et son voisin ou son proche non-musulman. Cependant, nous allons nous concentrer ici sur le Taghâfoul au sein du couple, ainsi qu'entre les parents et leurs enfants.
La bienséance du Taghâfoul, est une attitude propre aux grands esprits et aux dirigeants. Quant au commun des mortels, ils ignorent de telles manières. C'est pourquoi, en raison de la bassesse de leur ambition et de la vilenie de leur nature, on les voit recenser la moindre petite faute, faire d'un grain de sable une montagne, et de cette montagne un sanctuaire. Bien qu'ils fassent preuve, dans leur comptabilité des erreurs d'autrui, de diverses formes d'intelligence et de ruse, il s'agit d'une intelligence qui s'apparente plutôt aux signes de la sottise, car ils se laissent provoquer par les futilités des autres. De telles personnes ne sauraient être des guides au sein de leur peuple.
Comme le dit le poème :
L'idiot ne peut être le maître de son peuple,
Mais le maître de son peuple est celui qui feint l'ignorance !
Sache que nul n'est exempt de défauts. Il est impossible pour un couple que l'un trouve chez l'autre une perfection absolue dans tout ce qu'il désire. De même, il ne se passe guère de semaine sans que l'un des conjoints ne ressente de la gêne face à un comportement de l'autre. Il n'est pas raisonnable qu'une guerre d'insultes, d'invectives et parfois de coups éclate chaque jour ou chaque semaine pour des broutilles, comme un plat trop salé, un oubli de commission, le report d'une promesse non essentielle, ou un lapsus. Une telle vie serait un enfer insupportable !
C'est pourquoi chacun des époux doit accepter l'autre et fermer les yeux sur les traits de caractère, les habitudes ou les erreurs qui lui déplaisent.