Front Anarchiste – Version Française
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link.kompektiva.org/@anarchistfront Front Anarchiste (Iran et Afghanistan) – Chaîne française Cette chaîne propose des nouvelles et des analyses basées sur les publications en persan du Front Anarchiste, actif en Iran et en Afghanistan.
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Aujourd’hui, un groupe de défenseuses afghanes des droits humains s’est rassemblé devant le bureau des Nations Unies à Téhéran pour protester contre l’intensification de la répression des femmes en Afghanistan. Ce rassemblement s’est tenu en solidarité avec les femmes qui manifestent, en particulier les femmes de Hérat, et les participantes ont appelé à mettre fin au silence de la communauté internationale face à l’apartheid de genre imposé par les Talibans.
Au cours de la manifestation, les forces de police iraniennes ont encerclé les protestataires, confisqué les téléphones portables de certaines militantes et supprimé les vidéos qu’elles avaient enregistrées. Des renforts ont également été déployés afin de disperser le rassemblement. Finalement, les participantes ont quitté les lieux pour éviter toute nouvelle escalade des tensions et de la confrontation.
En condamnant les arrestations, les actes de torture et les tirs visant des femmes en Afghanistan, les manifestantes ont exhorté les Nations Unies et les institutions internationales à mettre fin à leur silence et à leur inaction face aux violations généralisées des droits des femmes dans le pays. Elles ont appelé à l’adoption de mesures concrètes et immédiates afin de tenir les Talibans responsables de leurs actes et de soutenir les femmes afghanes.
📝 L’insurrection de Jebrail
Longoue vie à Femme, Vie, Liberté, une fois encore
En défense du droit au travail, à l’éducation et à la liberté en Afghanistan
Depuis leur prise de pouvoir, les talibans ont progressivement imposé aux femmes des lois toujours plus oppressives et discriminatoires. Ces restrictions incluent l’interdiction pour les femmes d’accéder à l’éducation et au travail, l’obligation de couvrir leurs cheveux et leur visage, et, dans de nombreuses régions d’Afghanistan, même l’interdiction de sortir de chez elles ou de se déplacer librement sans la présence d’un garant masculin.
Pendant des années, les femmes afghanes ont résisté à cette oppression fondée sur le genre par des moyens variés.
Dans le dernier épisode, certaines femmes à Herat qui n’avaient pas entièrement couvert leur visage avec le voile ont été arrêtées et devraient, selon les informations, être flagellées publiquement après la prière de ce vendredi.
En réponse, un appel public à la protestation et à la résistance a été diffusé dans toute Herat.
Les habitants de Jebrail, un quartier de Herat à majorité hazara, ont été les premiers à répondre à cet appel. Lors de la manifestation de mardi, des femmes et des hommes ont marché côte à côte dans les rues, scandant : « Travail, éducation, liberté ».
Les talibans ont répondu à la protestation par une répression violente. Au moins vingt-trois personnes ont été blessées, et un grand nombre de manifestants ont été arrêtés, tandis que leur lieu de détention demeure encore inconnu.
Selon les rapports et les vidéos reçus depuis le lieu des événements, au moins deux personnes ont été tuées durant l’insurrection, dont un enfant de douze ans.
Des militants afghans et des défenseurs de la société civile ont demandé que les protestations continuent et ont invité la population à se rassembler de nouveau après la prière du vendredi. Il est prévu que les manifestations se poursuivent dans les prochains jours.
Leurs revendications sont claires : arrêter la flagellation des femmes, demander justice pour les victimes de la répression et défier un gouvernement qui impose des interprétations profondément régressives de la loi islamique.
Une vidéo montrant la répression des manifestations populaires survenues en réaction à l’arrestation de femmes par les forces talibanes chargées du contrôle moral dans la ville de Jibrail, dans la province d’Herat.
Protestation et répression
Les manifestations populaires se poursuivent en réaction à l’arrestation de femmes par les forces talibanes chargées de la promotion de la vertu et de la répression du vice dans la ville de Jibrail, dans la province d’Herat.
Les manifestants, parmi lesquels figure une proportion importante de femmes, sont descendus dans la rue pour dénoncer les restrictions toujours plus sévères imposées aux droits et aux libertés des citoyens.
Scandant le slogan « Pain, travail, liberté », ils réclament la fin des arrestations de femmes, la garantie des droits fondamentaux des citoyens et la levée des restrictions imposées par les talibans. Ces manifestations se déroulent alors que les forces talibanes ont eu recours à la violence et à des tirs à balles réelles pour disperser les rassemblements.
Selon les informations publiées, au moins deux personnes ont trouvé la mort à ce jour au cours de ces événements, et des dizaines d’autres ont été blessées. Toutefois, en raison des restrictions imposées à la circulation de l’information et de la difficulté d’accéder à des sources indépendantes, le bilan exact demeure inconnu.
Une autre inquiétude est que, si les blessés se rendent à l’hôpital, ils pourraient être identifiés et arrêtés par les talibans.
Les récentes manifestations à Herat constituent l’une des réponses populaires les plus amples aux politiques de restriction imposées par les talibans. Malgré les menaces et la répression, les manifestants — en particulier les femmes — continuent d’affirmer avec détermination leurs revendications en faveur du pain, du travail et de la liberté.
Déclaration de solidarité à la suite des protestations du peuple d’Herat contre le régime despotique des talibans
Aujourd’hui, 9 juin, le courageux peuple d’Herat a lancé une protestation en réaction à l’arrestation de femmes par les forces talibanes chargées du commandement moral et de la répression du vice dans la ville de Jibrail, dans la province d’Herat.
Cette mobilisation populaire à Jibrail, Herat, a une fois de plus mis en lumière le profond fossé qui sépare l’aspiration du peuple à vivre librement des politiques répressives du pouvoir en place. Les femmes et les hommes descendus dans la rue sous le mot d’ordre « Pain, travail, liberté » n’ont formulé aucune revendication allant au-delà des droits humains les plus élémentaires ; ils ont réclamé le droit de vivre dans la dignité, le droit au travail, le droit à la liberté et le droit de participer à la destinée qui est la leur.
Selon les informations disponibles, au moins deux personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées à la suite des affrontements violents avec les manifestants. Dans le même temps, de nombreux blessés hésitent à se rendre dans les centres de soins, de crainte d’y être identifiés puis arrêtés. Une telle situation menace non seulement le droit de manifester pacifiquement, mais aussi le droit aux soins et à la sécurité de la vie.
Nous nous tenons aux côtés de toutes celles et de tous ceux qui, sans recourir à la violence, élèvent la voix pour la liberté, la justice sociale, l’égalité et la dignité humaine. La voix des femmes d’Herat est celle d’un peuple qui, dans les conditions les plus difficiles, défend son droit à vivre librement.
C’est pourquoi nous appelons les anarchistes du monde entier, les médias libres, les organisations populaires, les mouvements sociaux et les consciences éveillées de partout à suivre la situation à Herat, à relayer la parole des victimes de la répression et à ne pas rester indifférents aux violations des droits et libertés fondamentaux du peuple afghan.
Front anarchiste
Bien qu’il ne soit pas en accord, sur le plan culturel, avec la République islamique et qu’il se considère lui-même comme opposant, il demeure un complice économique du système corrompu au pouvoir.
Ces complices sont nombreux, et si, quelque part, leurs intérêts viennent à entrer en conflit avec ceux de la République islamique et de l’appareil d’État usurpateur, ils ne manqueront pas de rejoindre le camp des opposants, tout en exigeant du prince la restitution de leurs biens. Et Pahlavi, qui considère lui-même le pays comme le domaine de son père, leur promet, avec assurance, qu’il reprendra bel et bien aux seconds usurpateurs, ceux de l’État, les biens saisis par les premiers usurpateurs !
Pendant ce temps, ceux dont la République islamique a volé le droit d’être humains — le droit d’avoir des convictions, une pensée, une éthique et une vie propre —, et qui ne sont en réalité que les exploités des seuls adversaires culturels du régime, sont touchés par les balles et meurent en rêvant d’être enfin reconnus comme des êtres humains, comme des enfants du prince et comme des enfants de l’Iran. Ils paient le prix de la querelle des parrains.
Et maintenant : honte à quiconque affirme que nous sommes tous, à parts égales, ennemis de la République islamique et tous meurtris par le même combat.
Auteur : Ravi
📝 La République islamique n’est pas l’ennemi de nous tous à parts égales !
Certains se sont récemment rangés du côté du parrain de la gauche et gardent encore la main dans la poche du père !
Peut-être que les émeutes des années 1970 du calendrier iranien comptent parmi les premiers mouvements de protestation d’ampleur survenus après la révolution. Leur noyau s’est formé dans les zones périphériques des grandes villes, et leurs acteurs étaient des personnes profondément reléguées, qui tentaient de préserver les maisons que l’État appelle désormais des habitations « usurpées ». Par ailleurs, la forte hausse des prix a constitué le moteur de ces émeutes. Les couches subalternes, dont certaines avaient désormais compris la véritable nature de la République islamique malgré leur ancrage social religieux, se sont soulevées contre ce régime. Dans le climat politique et social fermé de l’époque, ces émeutes ont été réprimées avec une violence extrême et dans le sang, et l’on n’a jamais pu établir un bilan précis du nombre de morts.
Pendant des décennies, la République islamique a gouverné les classes subalternes avec une arme braquée sur leur tempe, et elle continue de le faire. Elle leur a volé la possibilité de vivre et leur a substitué des aumônes d’État, des bons, des colis alimentaires, ainsi que la version institutionnalisée du sirop et des confiseries distribués à la mi-Cha‘ban. La République islamique a même volé le nom des opprimés pour le donner au Bassidj des déshérités, afin qu’il puisse usurper et confisquer les biens des dominateurs du secteur privé au profit des dominateurs du secteur public.
Et pourtant, dans la réalité de l’Iran, il n’existe même pas de syndicats efficaces ni de conseils ouvriers. Il n’y a, pour les travailleurs et les employés, ni véritable pouvoir de négociation ni capacité d’infléchir les choses. C’est nous qui supportons le coût économique de la résistance imposée par la République islamique, tant dans sa politique intérieure qu’extérieure, sans avoir la moindre part aux décisions politiques.
Dans ce contexte, les subalternes ont, jour après jour, davantage renoncé à leur propre dignité. Pour survivre, ils ont tout vendu — et ce qu’ils ont vendu de plus cher, c’est eux-mêmes. Ils se sont inclinés devant tel ou tel mollah, propriétaire du fonds de prêts sans intérêt de la mosquée du quartier, et ont prié derrière lui. Dans les étés étouffants de Téhéran, dans les kiosques du métro, alors que des femmes non voilées apparaissaient dans les émissions télévisées du régime, eux portaient des vêtements épais et dissimulaient soigneusement leurs cheveux sous leur voile ou leur chador, afin de ne pas être repérés par les caméras du métro et de ne pas être licenciés d’un emploi payé 15 millions de tomans par mois, soit l’équivalent de 80 dollars.
De l’autre côté, ceux qui disposaient d’un certain pouvoir et d’une certaine aisance économique sont devenus des réformistes de protocole, des monarchistes d’outre-mer, des gauches bohèmes, ainsi que certains militants politiques et sociaux courageux, mais conciliants. Ce sont ceux qui pouvaient, au moins en apparence, dire « non » à la République islamique sans que ce refus ne leur coûte la destruction de toute leur existence.
Or, ces privilégiés entretiennent des liens directs ou indirects avec l’appareil oligarchique et corrompu de la République islamique. Ils vivent du régime ou tirent parti des vides qu’il a créés pour financer un mode de vie qui, en apparence, peut sembler opposé à la culture de la République islamique. Pensons au propriétaire d’un café à l’allure progressiste, qui verse à ses employés des salaires dérisoires, des travailleurs qui peinent déjà à percevoir ce maigre revenu. Car aucun cadre, au sommet de la pyramide, ne peut exercer de pression sur lui pour qu’il soit juste. Il accumule donc pour lui-même, au point de pouvoir même se permettre un peu de contestation culturelle et de porter un short sans inquiétude.
Repost from کتابخانه جبههٔ آنارشیستی
*Persepolis* est une bande dessinée autobiographique retraçant l’enfance de Marjane Satrapi en Iran pendant les années de bouleversements politiques et de guerre, notamment la révolution de 1979 et la guerre Iran-Irak. À travers le regard d’une enfant puis d’une adolescente rebelle, ainsi que son exil en Europe, l’œuvre explore la répression, l’identité, la famille et la liberté.
Marjane Satrapi est une autrice, illustratrice et réalisatrice franco-iranienne, principalement connue pour *Persepolis*. À travers son œuvre, elle a dénoncé la répression en Iran, défendu les droits des femmes et pris position contre l’autoritarisme et la censure.
SOHEIL ARABI TEMPORAIREMENT LIBÉRÉ DE PRISON !
Auteur : Hasse-Nima Golkar
Selon des informations fiables, le prisonnier politique anarcho-syndicaliste Soheil Arabi a été libéré temporairement de prison sous caution il y a quelques jours. Il suit actuellement un traitement médical en raison des graves séquelles psychologiques et physiques des tortures et des mauvais traitements subis pendant son incarcération.
Après son arrestation le 11 mars 2026, Soheil Arabi a été interpellé à Téhéran par l’appareil sécuritaire du régime islamo-chiite fasciste qui gouverne l’Iran. Lors de son arrestation et de sa détention, il a été soumis à des violences psychologiques et physiques avant d’être transféré à la tristement célèbre prison de Ghezel Hesar, à Karaj, à l’ouest de Téhéran.
Ce message du camarade Soheil Arabi a été publié sur certains réseaux sociaux :
DÉFENDEZ LES DROITS DES PRISONNIERS, EN PARTICULIER DE CEUX CONDAMNÉS À MORT, QUELLES QUE SOIENT LEURS CONVICTIONS POLITIQUES. L’IMMENSE MAJORITÉ DES VICTIMES PROVIENT DES CLASSES OPPRIMÉES ET EXPLOITÉES ET N’A AUCUNE VOIX. SOYEZ LEUR VOIX !
Ses paroles nous rappellent que la lutte contre l’emprisonnement, la torture et l’exécution est indissociable de la lutte contre toutes les formes de domination, d’exploitation et de violence d’État.
Nous exprimons notre solidarité avec tous les prisonniers politiques, les travailleurs incarcérés, les dissidents et ceux qui risquent l’exécution.
Pour l’auto-organisation et l’autogestion des travailleurs, pour la justice sociale et la libération humaine !
Liberté pour tous les prisonniers politiques !
Non aux prisons, à la torture et aux exécutions !
Ni mollahs ! Ni shah ! Ni guerre !
Femme–Vie–Liberté !
🛑 Exécution de Fathollah Avari : la poursuite de la vague d’exécutions des manifestants
Mercredi 3 juin 2026
L’agence de presse Mizan, affiliée à la magistrature, a fait état de l’exécution de Fathollah Avari, l’une des personnes arrêtées lors des manifestations nationales de janvier 2026 à Hamedan.
Cette exécution aurait eu lieu dans un contexte marqué par des informations selon lesquelles la sentence aurait été appliquée en secret, que l’intéressé aurait été privé d’une dernière rencontre avec sa famille et que de vives inquiétudes entouraient l’équité de la procédure judiciaire.
Pourquoi Fathollah Avari a-t-il été exécuté ?
Fathollah Avari figurait parmi les personnes arrêtées lors des manifestations de janvier 2026 à Hamedan et avait été condamné à mort par la justice pour « moharebeh », en lien avec la mort d’un membre des forces liées au pouvoir au cours des manifestations du 18 janvier de cette année-là.
L’agence Mizan a confirmé son exécution sans en préciser la date exacte. Toutefois, la nouvelle de cette exécution avait déjà circulé sur les réseaux sociaux le mardi 2 juin 2026.
À ce jour, au moins 42 personnes ont été exécutées et, avec la mort des frères Vaisi, le bilan total des manifestants et des prisonniers politiques tués s’élève à 44.
(Mojtaba et Meysam Vaisi, recherchés par les services de sécurité après les manifestations de janvier 2026, ont été mortellement atteints par des tirs directs aux premières heures du jeudi 28 mai 2026.)
Soheil Arabi a été libéré il y a quelques jours de la prison de Ghezel Hesar et reçoit désormais des soins pour les blessures qu’il a subies.
Témoin de la brutalité quotidienne et des exécutions, il nous adresse ce message :
Défendez les droits des prisonniers, en particulier de ceux condamnés à mort, quelles que soient leurs convictions politiques ou leurs affiliations.
L’immense majorité de ceux qui sont menacés d’exécution provient des secteurs les plus pauvres et les plus marginalisés de la société. On leur refuse toute voix et on les oublie, alors même que le pouvoir les efface.
Tenez-vous à leurs côtés. Faites entendre votre voix là où ils ne le peuvent pas. Que la solidarité brise le silence et que l’humanité l’emporte sur la répression.
Une atteinte à l’un est une atteinte à tous.
#SohailArabi
#PrisonniersPolitiques
#StopAuxExécutions ❤️🖤✌️
De l’autre côté, beaucoup d’Iraniens avaient placé leurs espoirs dans l’aide des conservateurs européens et américains. Pourtant, Trump et ces mêmes conservateurs, comme on pouvait s’y attendre, ont fini par faire des compromis avec la République islamique, tout en intensifiant la pression sur la société iranienne.
Et si vous me demandiez comment pense, au fond, l’Iranienne marquée par la guerre et opposée à la République islamique, je répondrais ainsi :
Une large part de la société iranienne est devenue profondément désespérée, radicalisée, saturée de colère et animée d’un sentiment extrêmement intense à l’égard de sa propre terre.
Je crois qu’en Iran, diverses formes d’hostilité envers “l’autre” sont en train de s’intensifier.
Et cette société épuisée — privée jusqu’à la possibilité d’être comprise et de recevoir de l’empathie des autres — pourrait tendre vers des directions dangereuses.
Et peut-être que la responsabilité de comprendre et d’améliorer cette situation nous revient d’abord à nous-mêmes.
Autrice : Ravi
Finalement, nous avons refusé cette voie et nous avons émigré autrement — de manière moins humiliante.
Si je dois être sincère, je dois reconnaître que je n’ai jamais aimé l’idée de devenir réfugiée.
Être réfugiée signifie ne pas pouvoir rentrer chez soi. Et, plus généralement, dans la vie, je ne souhaite pas faire peser mes problèmes sur les épaules d’autres êtres humains — pas même sur celles de personnes d’une autre terre.
Je crois que la meilleure idée est que les êtres humains restent dans la géographie où ils sont nés et consacrent leurs efforts à l’amélioration des conditions de leur propre pays. Mais pour y parvenir, nous avons inévitablement besoin les uns des autres, car nous faisons face à d’immenses crises humaines et naturelles, ainsi qu’à des États entièrement armés.
Malgré tout cela, j’étais furieuse face au double standard dans l’acceptation et le rejet des demandeurs d’asile iraniens par rapport aux non-Iraniens.
À cette époque, la situation de l’Afghanistan — malgré des centaines d’organisations humanitaires et à but non lucratif, et malgré de bonnes relations avec le monde occidental — n’était pas pire que celle de l’Iran.
Et pourtant, leur souffrance semblait être considérée comme plus sérieuse, plus respectable et plus digne d’aide dans la logique des États européens.
Cette question demeure encore aujourd’hui pour moi un immense point d’interrogation, et je continue à ne pas en comprendre la raison.
Tout comme je ne comprends pas la logique des sanctions imposées aux plateformes de jeux en ligne ou aux compagnies d’assurance pharmaceutiques.
Ces mesures touchaient directement les consommateurs iraniens et étaient justifiées par les États-Unis et l’Europe comme des instruments de lutte contre la République islamique.
On nous disait que nous devions descendre dans la rue et combattre le gouvernement, tandis que la République islamique massacrait — et continue de massacrer — la population.
Et une grande partie du monde a simplement fermé les yeux sur tout cela.
Entre-temps, j’ai mené une recherche historique et j’ai découvert que, lors des massacres et des purges idéologiques des premières années de la révolution, au cours desquels des milliers de personnes furent tuées, le monde est resté dans l’ensemble silencieux et presque aucune institution n’est intervenue sérieusement.
Il est intéressant de noter qu’une grande partie des personnes tuées étaient laïques et appartenaient à la gauche politique, souvent très proches des mouvements de la gauche occidentale.
Quelqu’un m’a dit que c’est précisément après ces massacres que s’est ouverte la possibilité de l’asile politique lié à l’Iran.
Mais, en réalité, il était déjà trop tard.
En tant qu’être humain iranien, j’ai fait l’expérience répétée de l’humiliation et de l’invisibilité, tant au niveau gouvernemental qu’au sein des espaces civils d’autres sociétés.
L’un des exemples les plus récents concerne le comportement de certaines militantes pro-palestiniennes et anti-israéliennes.
Ces militantes — qui ne sont nullement peu nombreuses dans le monde occidental — ont attaqué des rassemblements d’Iraniens aux orientations politiques différentes, provoquant des affrontements et arrachant les photographies des personnes tuées par la République islamique.
Elles ne parvenaient ni à comprendre ni à accepter que le camp en guerre contre Israël ne fût pas nécessairement innocent ou héroïque.
Pour satisfaire un besoin psychologique, elles avaient besoin de voir le monde en noir et blanc et de s’imaginer héroïnes dans un autre récit moral.
On nous dit que nos expériences douloureuses sous la République islamique sont des mensonges, tandis qu’elles s’agitent dans l’aquarium artificiel de leurs propres convictions, se croyant de véritables révolutionnaires.
C’est exactement ce que Žižek décrit comme la tendance des activistes occidentaux à considérer la violence comme acceptable lorsqu’elle frappe le voisin.
📝 Comment est-il possible que personne ne comprenne ce que nous disons ?
Comment pense une Iranienne marquée par la guerre
*Je souhaite commencer ce texte par une précision : ce qui suit ne concerne pas tout être humain iranien. Ce texte est écrit avant tout pour décrire et représenter cet individu iranien dont la douleur suscite dans le monde une réaction profondément différente.*
………
Je suis iranienne. C’est-à-dire : j’ai grandi dans l’identité d’être iranienne et au sein de la géographie de l’Iran. Au fil des années, le fait d’être iranienne a pris pour moi des significations différentes et, bien souvent, ces définitions sont même entrées en conflit avec mon identité individuelle — une identité que j’ai parfois rejetée.
Et pourtant, c’est précisément ce fait d’être iranienne qui, sans aucun doute, a constitué la manière dont le monde s’est rapporté à moi.
Quand j’étais enfant, comme beaucoup d’autres enfants dans le monde, je voulais jouer à des jeux vidéo sur des plateformes en ligne.
Ces applications et ces sites posaient deux problèmes principaux. Le premier était qu’ils étaient filtrés par la République islamique. Le second était qu’eux-mêmes bloquaient les utilisateurs iraniens à cause des sanctions numériques.
Autrement dit, si je voulais jouer virtuellement au ping-pong avec quelqu’un, je devais d’abord prouver que j’étais coréenne, française, allemande — ou même égyptienne — afin qu’on me permette de participer.
Mais les difficultés d’être iranienne n’étaient pas toujours aussi simples.
Je me souviens que ma mère rêvait de quitter l’Iran, parce que nous n’y avions aucun avenir. Et cela signifiait que nous envisagions toutes les voies, légales et illégales, pour émigrer.
Nous n’avions pas beaucoup d’argent. Bien que mes deux parents aient eu des emplois stables, l’énorme écart entre la valeur de la monnaie iranienne et celle des devises étrangères réduisait toutes nos économies à quelque chose qui ressemblait au revenu moyen d’une personne extrêmement pauvre en Europe. Une situation aggravée encore par la dépréciation continue du rial.
Pour cette raison, la demande d’asile devint l’une des options devant nous.
Un chemin extrêmement dangereux et difficile, mais au moins moins coûteux.
En Iran, il existait des personnes dont le métier consistait à faire passer des demandeurs d’asile.
Ces personnes inventaient de faux motifs pour obtenir l’acceptation dans les pays de destination et entraînaient les demandeurs d’asile sur ce qu’il fallait dire.
Une de mes parentes a émigré de cette manière.
Le fait qu’elle fût réellement en danger et qu’elle ne parvînt pas à trouver du travail à cause des persécutions de la République islamique n’a pas suffi pour qu’elle soit reconnue comme réfugiée.
Les Européens avaient déjà décidé, depuis des années, qu’en raison du nombre élevé d’Iraniens demandant l’asile politique et religieux, ils changeraient d’approche et n’accorderaient une protection qu’à ceux qui se trouvaient dans une situation de vie ou de mort.
En conséquence, la majorité des Iraniens étaient rejetés par les tribunaux d’asile et, dans certains cas dangereux, même renvoyés en Iran.
Dans ces circonstances, beaucoup d’Iraniens émigraient sous de fausses identités afghanes ou irakiennes.
Cette parente a atteint l’Allemagne avec une identité afghane et a obtenu l’asile. Plus tard, elle a présenté ce passeur à notre famille.
Lors d’une rencontre en personne, ce passeur expliquait qu’il nous procurerait aussi des identités afghanes et que, à différentes étapes du processus, nous devrions parler le moins possible, parce que notre accent et notre langue révéleraient notre véritable identité.
Et ainsi, pour la deuxième fois de ma vie, afin d’espérer une existence meilleure, je devais faire semblant d’appartenir à une autre géographie.
Une fois, je devais avoir la chance d’être coréenne pour pouvoir jouer.
Une autre fois, je devais devenir afghane pour que ma souffrance soit prise au sérieux précisément à cause de ma misère.
