Il y a quelques mois, j'ai tourné un long métrage, le premier.
Le massacre de Gilles de Rais.
Ce film, nous le mettons ce soir en libre-accĂšs.
Un film construit sous forme de doigt d'honneur à l'égard du systÚme de production Français, qui est tellement enflé que le budget moyen de nos films est aujourd'hui de 4,5 millions d'euros.
Un film en forme de doigt d'honneur à une époque qui récompense la facilité, le on-dit, la rumeur et la médiocrité.
Les rÚglements de compte et la violence, l'impunité et le mensonge, le mépris pour la vérité.
Un film qui interroge également notre responsabilité. Exigeant et historique, tourné avec 20.000 euros et en 18 jours, appuyé sur des acteurs extraordinaires, et portant un sujet fondamental: le Baron de Rais, Maréchal et membre du Conseil du Roi, qui bouta hors de France les anglais avec Jeanne d'Arc, et mourut au bucher.
Avec, nous avons fait le tour du monde, du BrĂ©sil Ă Pingyao oĂč Jia Zhang Ke, le maĂźtre du cinĂ©ma chinois, lui a rendu les honneurs au sein de son festival.
Ce film est invisible et interdit en France. Non par lâĂtat et la censure. Non, ce n'est plus nĂ©cessaire. Mais par ce que parfois, trop facilement, on appelle le « systĂšme ». En rĂ©alitĂ©, la sociĂ©tĂ© elle-mĂȘme, qui a perdu les moyens de son destin, et qui effrayĂ©e Ă l'idĂ©e de s'exiger, se rĂ©fugie, Ă©loignĂ©e des miroirs qui lui sont tendus.
Cette histoire, de cet homme Français, nous lâavons tournĂ©e en langue portugaise, et lâavons soutenue, portĂ©e par une exigence cinĂ©matographique et stylistique importante. Sans compromis Ă lâĂ©gard de quiconque.
Ni du pouvoir, ni, le plus souvent, de son plus grand complice:
Nous-mĂȘmes.
Jâai dĂ©cidĂ© de lâoffrir et de le mettre en libre-accĂšs, aprĂšs une avant-premiĂšre unique, au Saint AndrĂ© des Arts, il y a quelques jours,
Parce que lâart et la culture se doivent dâĂȘtre libres. Parce quâil nous faut rĂ©inventer des façons de partager et de penser.
Il y a quinze ans, je mettais un premier pied en politique.
J'avais vingt ans.
Avec la Quadrature du Net, l'UFC Que Choisir et quelques autres, nous réussissions à construire une coalition et à faire tomber un projet, la HADOPI, construite par Denis Olivennes, alors patron de la FNAC, et Nicolas Sarkozy.
La HADOPI prĂ©voyait de couper la connexion internet Ă 300.000 français par an pour Ă©radiquer le partage gratuit dâĆuvres d'art sur internet.
Nous avions élaboré à la place un projet de licence globale publique.
Elle consistait à permettre à chacun de partager librement des oeuvres artistiques contre quelques euros par mois. Un Netflix avant l'heure, bien moins cher, qui aurait débloqué plusieurs milliards d'euros par an pour des créateurs français.
Jâavais rĂ©ussi Ă me faufiler dans la campagne de François Hollande, et Ă glisser cette proposition lors de son seul discours sur la culture, en 2012, au Bis de Nantes. Vous imaginez la panique des ayants-droits. Branle-bas de combat.
Quelques mois plus tard, jâĂ©tais virĂ© sans mĂ©nagements. « Hadopi fait sa premiĂšre victime Ă gauche », titrait le monde, dĂšs le 22 mai 2012.
Notre idée était simple: le partage sur internet n'est pas incompatible avec la génération de valeur. Et il y a une urgence: préserver cette révolution extraordinaire qui a mis en libre accÚs toute la production des savoirs et des oeuvres du monde entre les mains des citoyens du monde entier.
Depuis, la guerre nâa jamais cessĂ©, les catalogues de torrent, riches de millions dâoeuvres, sont rĂ©guliĂšrement saccagĂ©s, et ceux contre qui on se battait sont devenus les main droites des oligarques, gagnant des millions, tandis que nous avons dĂ©cidĂ© de rĂ©sister.
Cela a donnĂ© un livre, CrĂ©puscule, publiĂ© aprĂšs avoir mis en libre accĂšs. Un million de personnes lâavaient tĂ©lĂ©chargĂ© gratuitement.
Et 150.000 lâont achetĂ©, en faisant un des plus grands succĂšs de librairie de lâannĂ©e. Tous les livres ont suivi.
Maintenant, donc, un film. Ce soir, pour ĂȘtre plus prĂ©cis.
Il est déroutant, exigeant, déstabilisant.
Profitez-en.
Pensées.