Mais Thomas SANKARA n’en eut cure.
Dès la fin de son discours, avant même de regagner Ouagadougou, il commença le travail, ou plutôt, le nettoyage.
Hic et nunc, à Bamako, il fit mettre aux arrêts M. Mohamed DIAWARA, ancien Ministre du plan de Félix HOUPHOUET-BOIGNY, considéré comme l’un des principaux artisans de ce qu’il était convenu de qualifier de « miracle ivoirien ».
Manu militari, il l’embarqua à bord du vol présidentiel retour et encombré de son prisonnier de luxe, il mit le cap sur Ouagadougou.
Illico presto, à Ouaga, M. DIAWARA comparut à la barre du Tribunal Populaire de la Révolution (TPR). Principal motif : détournement de 6,5 Milliards de francs CFA du Fonds de solidarité de la CEAO (FOSIDEC).
Au finish, Mohamed DIAWARA est reconnu coupable, condamné à 15 ans de prison ferme et déféré à la Maison d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou (MACO).
Un mois plus tard, deux de ses principaux complices dans ce scandale financier le plus retentissant des Années 80, iront le rejoindre en prison : le Secrétaire général de la CEAO himself, Moussa NGOM et le Directeur du FOSIDEC, Moussa DIAKITE.
Ainsi tonna dans le ciel de la Communauté Economique de l’Afrique de l’Ouest, le mémorable COUP DE SANK DE BAMAKO.
Même s’il n’y a pas de liens de causalité avérés entre ce COUP DE SANK de 1984 et le récent COUP DE SANG des Ministres des Finances de l’AES, il est aisé de constater la présence de troublantes similitudes entre les deux faits : en octobre 1983, soit une année avant la rencontre de Bamako, Félix HOUPHOUET-BOIGNY s’était opposé à la désignation de Thomas SANKARA à la tête de la conférence des Chefs d’Etat de la CEAO. Cinquante ans plus tard, en juillet 2025, bis repetita : Alassane OUATTARA pose son véto à la désignation du Burkina à la présidence du Conseil des ministres de l’UEMOA, apparemment, du fait de divergences de vues avec le Président du Faso.
Certes, en 1983, Ibrahim TRAORE n’était pas encore au berceau, mais Alassane OUATTARA était déjà aux affaires. Et, en bon catéchumène moulé à la sainte école des institutions financières occidentales, il a dû suivre de son regard avisé les différentes péripéties du COUP DE SANK, qui ont conduit à l’incarcération de la bande des trois de la CEAO.
Certes, rien ne prouve que l’UEMOA traîne des casseroles à l’instar de son ancêtre de CEAO. Mais rien ne démontre non plus que les siennes, s’il en existe, ne sont encore plus sales, voire innommables. Et, dans un contexte sous-régional dynamité par le terrorisme, dans ce contexte où au moins un des pays membre _ la Côte-d’Ivoire en l’occurrence _ figure sur une célèbre liste noire qui fait l’actualité, pour manque de transparence dans ses transactions financières et soupçons de financement du terrorisme, c’est peu d’affirmer que la dernière hypothèse vaut son pesant de stocks de CFA susceptibles d’être orientés vers des destinations obscures. Sinon, pourquoi perdre son sang-froid à l’idée d’une présidence assumée par le Burkina ? Pourquoi vouloir précipiter le départ des Etats de l’AES de l’union ? Quel crime y a-t-il pour des pays supposés indépendants, à revendiquer leur souveraineté monétaire ?
Face à une telle absurdité, l’on est tenté de convenir avec la femme de Gauche française, Martine Aubry, qui, paraphrasant sa grand-mère, soutenait en 2011 que « quand il y a un flou, il y a un loup ». En tout état de cause, il semble y avoir anguille sous roche. Malheureusement, d’aucuns feignent d’ignorer que le mensonge est à l’image de certains poissons des lagunes. Ils ont beau se dissimuler dans les profondeurs de l’eau, ils finissent toujours leurs courses dans les filets infranchissables de la vérité.