AIB : Selon vous, qu’est-ce qui peut expliquer que certains Burkinabè se dressent contre leur propre pays en soutenant les terroristes, alors que l’unité nationale devrait primer en cette période critique ?
IM : Le vide. Le vide créé par l’abandon, par l’humiliation, par le mépris. Quand un jeune ne se sent ni écouté ni utile, il devient vulnérable à la haine. Ce n’est pas une excuse, mais c’est une explication. Certains ont été vendus par leurs propres frères bien avant d’être enrôlés par l’ennemi. Il faudra du temps pour réparer cela. Mais il faut commencer par dire la vérité.
AIB : En dehors de la contribution au Fonds de soutien patriotique, quelles actions concrètes les citoyens burkinabè devraient-ils entreprendre pour soutenir l’État et contribuer à la résilience nationale ?
IM : Ne pas voler. Ne pas mentir. Ne pas trahir. Protéger ce qui nous appartient. Tenir sa parole. Respecter ceux qui se battent. Transmettre l’histoire. Refuser la compromission. Ça paraît simple, mais c’est immense. Chaque Burkinabè peut être une digue ou une faille. Le choix est personnel, mais les conséquences sont collectives.
AIB : Quelle lecture faites-vous de la situation actuelle du pays, notamment après la dernière déclaration du Président du Faso appelant les Burkinabè à accompagner l’État à travers des valeurs sociales de référence telles que l’intégrité, le respect du bien public, la solidarité, etc. ?
IM : Il a tout dit. Ce pays a été détruit plus par la trahison que par les balles. On ne peut pas reconstruire avec des cœurs corrompus. Ce que le Président a demandé, c’est un retour à l’essentiel. Pas à la morale, mais à l’éthique. On n’a pas besoin d’universités pour comprendre que voler son pays, c’est se tuer soi-même. On n’a plus le luxe de faire semblant.
AIB : Quelle est votre appréciation des efforts de développement entrepris par le gouvernement, en dépit des défis sécuritaires et économiques ?
Il y a une volonté de faire, et surtout de faire autrement. Le Burkina ne quémande plus, il crée. Il ne copie plus, il invente. Ce n’est pas parfait, rien ne l’est. Mais dans la nuit, même une lampe artisanale est un miracle. Ce que le gouvernement construit en silence, pendant que d’autres pays s’enlisent dans les dettes et les illusions, force le respect.
AIB : Malgré les obstacles, l’Alliance des États du Sahel (AES) poursuit sa structuration. Selon vous, quel devrait être le socle ou le ciment de cette confédération ?
IM : La confiance entre les peuples. Pas entre les ministres, mais entre les enfants des marchés, des casernes, des écoles. Si on bâtit cette alliance sur la vérité, sur les douleurs partagées, sur les rêves assumés, elle tiendra. Il ne faut pas en faire un syndicat d’États, mais une alliance de peuples. Et ça commence par l’écoute, par le respect mutuel, par la parole donnée.
AIB : Quelle est votre position concernant la rupture diplomatique avec la France, la sortie de la CEDEAO, et le rapprochement stratégique avec de nouveaux partenaires comme la Russie, la Chine, et d’autres puissances émergentes ?
IM : Ce n’est pas une rupture, c’est un retour à soi. On a trop longtemps marché avec des chaînes en croyant que c’était des colliers. La France s’est décrédibilisée toute seule. La CEDEAO s’est vendue. Il fallait couper. Et chercher ailleurs ce qu’on ne trouvait plus ici. Pas par fascination pour Moscou ou Pékin, mais parce qu’il fallait respirer. Et choisir ses partenaires avec lucidité.
AIB : L’orientation politique actuelle du Burkina Faso, notamment à travers la Révolution populaire et progressiste, vous semble-t-elle être une réponse adéquate aux défis du terrorisme et de l’impérialisme ?
IM : C’est une réponse de dignité. Et dans un monde où tout s’achète, la dignité est la première arme. Cette révolution n’est pas un slogan, c’est une tentative de ressusciter un peuple. On ne lutte pas contre l’ombre avec des lampes d’emprunt. Il faut allumer son propre feu. Ce que fait le Burkina aujourd’hui, c’est allumer ce feu. Et tant que ce feu brûlera, l’Afrique aura une chance.