*Extrait du discours du Cardinal Philippe OuĂ©draogo Ă SĂ©oul ( CorĂ©e du Sud) lors* *dâune rencontre (10, 11, 12 juillet 2025) de la fondation pontificale Aide Ă lâĂglise en* *dĂ©tresse.*
Attaques terroristes au Burkina Faso: âčâč Les visages visibles sur le terrain ne sont peut-ĂȘtre que les exĂ©cutants. DerriĂšre eux, il y a des cerveaux, des bailleurs, des stratĂšges. Ils parlent dans dâautres langues, signent dans dâautres bureaux, Ă©changent dans dâautres devises âșâș-Cardinal Philippe OuĂ©draogo
( Un serpent aux tĂȘtes invisibles : qui tue ? qui manipule ? qui profite ? )
âčâč Lâune des douleurs les plus profondes du peuple burkinabĂš aujourdâhui rĂ©side dans cette question lancinante, rĂ©pĂ©tĂ©e dans les villages, les camps de dĂ©placĂ©s, les Ă©glises, les mosquĂ©es, les marchĂ©s : « Qui nous tue ? Et pourquoi ? »
Car souvent, les attaques sont menĂ©es par des hommes encagoulĂ©s, armĂ©s de fusils modernes, circulant Ă moto ou en pick-up. Ils ne se revendiquent pas toujours dâun groupe connu. Ils ne laissent ni message politique clair, ni revendication structurĂ©e. Parfois, ils se prĂ©sentent comme des justiciers. Parfois comme des religieux. Parfois comme des vengeurs. Mais trĂšs souvent, ils ne disent rien. Ils tuent. Et ils disparaissent.
Cette absence dâidentitĂ© assumĂ©e alimente une peur sourde. Elle fragilise la confiance communautaire. Elle crĂ©e des soupçons rĂ©ciproques. Elle pousse des villages entiers Ă se mĂ©fier de leurs voisins, Ă soupçonner leurs propres jeunes, Ă douter de lâimam du coin, du chef du quartier, du catĂ©chiste, du commerçant venu dâailleurs.
Ce flou est savamment entretenu. Il fait partie dâune stratĂ©gie du chaos. Un chaos qui nâest pas spontanĂ©, mais pensĂ©, nourri, ravitaillĂ©, coordonnĂ©.
Qui sont les vĂ©ritables instigateurs de cette violence ? Qui arme ces groupes ? Qui les finance ? Qui leur fournit les munitions, les informations, la technologie ? DâoĂč viennent ces armes sophistiquĂ©es qui nâexistent pas sur les marchĂ©s locaux ? Pourquoi la circulation des kalachnikovs et des engins explosifs est-elle plus rapide que celle des secours ou des vivres ? Qui maĂźtrise les routes ? Qui contrĂŽle les flux ? Qui entretient les conflits intercommunautaires ? Qui tire profit de ce dĂ©sordre ?
La rĂ©alitĂ©, câest que ce conflit nâest pas quâinterne. Il est aussi alimentĂ© par des enjeux transnationaux. Des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques occultes. Des logiques gĂ©opolitiques froides. Des rĂ©seaux de trafic dâor, dâarmes, de drogues, dâĂȘtres humains â qui utilisent le vide sĂ©curitaire pour prospĂ©rer.
Certaines zones attaquĂ©es coĂŻncident Ă©trangement avec des pĂ©rimĂštres miniers. Certaines routes visĂ©es sont stratĂ©giques pour le transport de ressources. Certaines populations dĂ©placĂ©es libĂšrent des espaces dont la valeur Ă©conomique nâest pas nĂ©gligeable. Le chaos devient ici une opportunitĂ©, une stratĂ©gie de dĂ©placement forcĂ©, une maniĂšre de faire place nette pour des projets inavouĂ©s.
Et pendant ce temps, le peuple souffre, meurt, disparaĂźt.
La violence qui frappe le Burkina est donc Ă visages multiples, mais Ă dessein unique : contrĂŽler, dominer, exploiter. Les visages visibles sur le terrain ne sont peut-ĂȘtre que les exĂ©cutants. DerriĂšre eux, il y a des cerveaux, des bailleurs, des stratĂšges. Ils parlent dans dâautres langues, signent dans dâautres bureaux, Ă©changent dans dâautres devises.
Câest pourquoi il est essentiel de refuser la lecture simpliste. De dĂ©noncer les complicitĂ©s silencieuses. Et dâinterpeller les institutions internationales, les Ătats, les multinationales, les rĂ©seaux religieux ou Ă©conomiques qui, directement ou indirectement, laissent faire, voire participent.
Lâennemi nâest pas un village. Ce nâest pas une religion. Ce nâest pas une ethnie. Lâennemi, câest cette mĂ©canique de dĂ©shumanisation qui transforme la souffrance des pauvres en gain pour les puissants. Et cette mĂ©canique doit ĂȘtre stoppĂ©e.
Nous avons le devoir de la dévoiler, le courage de la nommer et la foi pour la vaincre.