Ibrahima Maiga
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کانال Ibrahima Maiga (@ibrahimamaigabf) در بخش زبانی فرانسوی بازیگری فعال است. در حال حاضر جامعه شامل 163 890 مشترک است و جایگاه 299 را در دسته سیاست و رتبه 39 را در منطقه فرنسا دارد.
📊 شاخصهای مخاطب و پویایی
از زمان ایجاد در невідомо، پروژه رشد سریعی داشته و 163 890 مشترک جذب کرده است.
بر اساس آخرین دادهها در تاریخ 22 اکتبر, 2026، کانال فعالیت پایداری دارد. در ۳۰ روز گذشته تغییر اعضا برابر -3 131 و در ۲۴ ساعت گذشته برابر -147 بوده و همچنان دسترسی گستردهای حفظ شده است.
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- واکنشها و تعامل: مخاطبان بهطور فعال حمایت میکنند؛ میانگین واکنش به هر پست 119 است.
- علایق موضوعی: محتوا بر موضوعات کلیدی مانند peuple, burkina, siècle, démocratie, afrique تمرکز دارد.
📝 توضیح و سیاست محتوایی
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به لطف بهروزرسانیهای پرتکرار (آخرین داده در تاریخ 23 اکتبر, 2026)، کانال همواره بهروز و دارای دسترسی بالاست. تحلیلها نشان میدهد مخاطبان بهطور فعال با محتوا تعامل دارند و آن را به نقطه اثرگذاری مهم در دسته سیاست تبدیل کردهاند.
در حال بارگذاری دادهها
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| 2 | Il s’agit d’une influence susceptible de reprendre le vocabulaire du nouveau régime tout en cherchant à en affaiblir insidieusement les fondements et les choix. Le défi, pour les États de l’AES, consiste à comprendre les réseaux qui traversent leurs institutions. | 9 179 |
| 3 | Camarades,
En novembre 2023, Emmanuel Macron s’est rendu au Grand Orient de France. Devant les francs-maçons, il a déclaré : « La franc-maçonnerie fut l’atelier de la République », avant d’appeler à « reprendre la bataille des idées ». Ainsi, Macron insiste sur la nécessité de préserver le lien entre la République française et la franc-maçonnerie. En mai 2025, il a franchi une nouvelle étape en se rendant à la Grande Loge de France. Il y est revenu sur le rôle historique des loges dans la transmission et la défense de l’idéal républicain français.
Ces deux visites, dans un contexte où la France a vu son influence contestée sur le continent africain, rappellent une réalité fondamentale : l’influence d’un État ne repose pas uniquement sur ses soldats, ses bases militaires ou ses accords diplomatiques. Elle repose aussi sur les idées qu’il diffuse, les élites qu’il côtoie et les réseaux qu’il entretient.
La création de l’Alliance des États du Sahel, devenue la Confédération de l’AES, traduit une volonté de redéfinir les rapports avec les partenaires étrangers. Mais lorsqu’une puissance perd du terrain sur les plans militaire et économique, elle cherche à réadapter ses méthodes, à déplacer ses points d’appui et à réinvestir davantage les espaces où son influence demeure possible.
La franc-maçonnerie constitue une piste sérieuse à examiner. Emmanuel Macron l’a bien compris. Lors de la Révolution française de 1789, les francs-maçons ont participé aux débats intellectuels et politiques. Sous la IIIe République française, des réseaux maçonniques ont également été impliqués dans une opération de renseignement concernant des membres de l’armée, à l’origine du scandale de l’affaire des fiches.
Les réseaux maçonniques entretiennent des relations avec des obédiences africaines, dans un univers où se côtoient parfois des personnalités issues de la politique, de l’administration, de la diplomatie, de l’armée, de la justice, des affaires et du monde intellectuel. Cette présence dans les milieux dirigeants confère à ces organisations une capacité relationnelle importante, susceptible de faciliter certaines activités opérationnelles et la collecte de renseignements stratégiques. En effet, ces réseaux peuvent rapprocher des personnes disposant d’un pouvoir de décision, faciliter la circulation des idées et entretenir des relations au-delà des changements de régime.
Il faut également s’intéresser à l’histoire de la coopération militaire française avec l’Afrique. Les formations, les échanges entre officiers, les partenariats techniques et les liens avec les milieux politiques et les cercles du pouvoir ont créé des relations susceptibles de perdurer bien après le départ des soldats. Il est d’ailleurs documenté que la franc-maçonnerie a longtemps exercé une influence dans les hautes sphères de l’armée française.
Dans ces conditions, les visites de Macron dans les loges, alors que la politique française en Afrique est de plus en plus contestée, prennent une dimension politique importante. Les discours du président français sur la « bataille des idées » ou sur le fait que « la franc-maçonnerie fut l’atelier de la République » donnent une résonance particulière à l’hypothèse d’une opération d’influence coordonnée en Afrique. En effet, la franc-maçonnerie française a historiquement défendu l’assimilation coloniale, c’est-à-dire le rapprochement des populations colonisées avec la culture, la langue, les institutions et les valeurs françaises, en considérant ce modèle comme celui auquel elles devaient se conformer. C’est bien là l’un des fondements de la politique française en Afrique : l’assimilation coloniale.
Pour les pays de l’AES, le risque réside dans une influence extérieure qui ne se manifeste plus nécessairement par la pression diplomatique ou militaire, mais par des relations durables et des relais d’opinion au sein des hautes sphères administratives, politiques, économiques et intellectuelles. | 9 259 |
| 4 | Les fonds, les formations au leadership, les rencontres internationales passent par des structures dont le centre de gravité francophone reste en France, même si le siège mondial est américain.
Le problème n’est pas le don de riz ou la paire de lunettes. Le problème est la structure qui se maintient.
Un réseau international dont le siège est aux États-Unis, dont les fondateurs étaient liés à la franc-maçonnerie américaine, qui recrute durablement dans la classe politique et économique formée sous Compaoré et Kaboré, et qui entretient des partenariats financiers et culturels avec des clubs français, conserve des canaux.
Ces canaux ne disparaissent pas avec un changement de régime. Ils permettent à des gens qui ont des habitudes, des contacts et des intérêts formés sous l’ordre précédent de rester organisés, de se reconnaître et d’agir ensemble, même quand le discours officiel a changé.
Dans un pays qui a chassé les forces françaises, rompu des accords et réorienté ses alliances, ce type de structure pose une question concrète : qui décide de ce qui est « service » et selon quels modèles ?
Les fonds arrivent souvent via des clubs et des fondations extérieures. Les formations au leadership se font dans un cadre défini à Oak Brook. Les rencontres internationales créent des loyautés qui ne passent pas par les institutions burkinabè.
Quand des ministres d’hier et des opérateurs économiques d’hier siègent dans les mêmes clubs que ceux qui financent des projets depuis la France, le réseau devient un lieu où se perpétuent des relations qui n’ont pas été rompues.
Nous n’avons pas le droit à l’erreur.
Chaque organisation importée qui rassemble l’ancienne classe dirigeante, qui maintient des liens financiers et culturels avec des pays dont les intérêts ont longtemps pesé sur le nôtre, et qui se présente comme apolitique doit être regardée pour ce qu’elle est : un instrument possible de continuité.
La charité est réelle. Les réseaux aussi. Les deux ne s’annulent pas.
Quand il s’agit de la souveraineté, le sentiment n’a pas de place. On mesure les faits, on regarde qui se rassemble, d’où viennent les ressources, et on agit en conséquence.
Le chef de l’État tient la ligne. Ceux qui ont déjà traversé ces réseaux savent qu’ils ne s’arrêtent pas d’eux-mêmes. | 9 351 |
| 5 | Camarades,
Quand certains transforment toute phrase en attaque contre le chef de l’État, ils le font exprès. Le but est simple : empêcher que la réflexion aille plus loin. Une fois le débat réduit à « pour ou contre Traoré », plus personne ne pose les questions qui comptent vraiment.
La détermination du chef de l’État n’est pas en cause. Elle est claire, constante, et elle ne se discute pas. Ce qui se discute, c’est ce qui se glisse à côté, sous couvert de service, d’amitié et de réseau.
Je n’ai pas commencé cette lutte hier. Ces réseaux, je les ai vus opérer sous d’autres régimes. J’ai tenu. J’ai survécu. Ce n’est pas une déclaration. C’est un fait.
Le Lions Clubs International n’est pas une invention française. Il est né le 7 juin 1917 à Chicago, fondé par Melvin Jones, homme d’affaires américain initié franc-maçon en 1906 à la loge Garden City n° 141. Le siège est resté aux États-Unis, aujourd’hui à Oak Brook dans l’Illinois. La devise est « We Serve ». Les statuts interdisent la politique partisane et la religion sectaire. Le premier club burkinabè est apparu en 1958 à Bobo-Dioulasso, sous la Haute-Volta coloniale. Depuis, le District 403 A3 compte environ 70 à 80 clubs et près de 2 000 membres.
En octobre 2008, le président international Albert F. Brandel, Américain élu cette année-là, est passé à Ouagadougou du 9 au 11. Il arrivait après le forum européen de Cannes. Les Lions locaux ont organisé une soirée-gala. À l’époque, Blaise Compaoré tenait encore le pays. Brandel a visité des structures soutenues par les clubs et prononcé des discours sur le service.
Cette visite s’inscrit dans une séquence plus longue : les clubs ont toujours recruté dans les milieux qui détenaient les leviers économiques et administratifs.
Filippe Savadogo, ambassadeur à Paris de 1996 à 2007, puis ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication sous Compaoré jusqu’en 2011, était président-fondateur du club Ouagadougou Lumière. Yacouba Barry, ancien ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, a participé à la création du club Ouagadougou Étoile en 1991 et a occupé plusieurs fonctions avant de devenir gouverneur du District.
Les effectifs comptaient régulièrement des ministres, des hauts fonctionnaires et des chefs d’entreprise formés sous les régimes précédents. Après la chute de Compaoré en 2014 et sous Roch Kaboré, les clubs ont continué. Ils ont créé de nouvelles structures, maintenu leurs projets et conservé leurs liens avec les mêmes cercles.
Les liens avec la France ne datent pas des jumelages récents. Le premier club s’installe en 1958 à Bobo-Dioulasso, alors que la Haute-Volta reste sous administration française. Les élites locales qui rejoignent le lionisme à partir de cette date sont celles qui ont été formées dans le système colonial et qui conservent des attaches avec Paris.
En 1962, les Lions de France créent les Centres internationaux francophones. Leur objet déclaré est d’organiser des rassemblements de jeunes francophones des cinq continents pour développer la connaissance de la culture française. Ces centres existent toujours. Ils fonctionnent comme un relais linguistique et culturel.
Dans les années 1990 et 2000, sous Compaoré, le poids de ces réseaux se mesure au nombre de ministres et d’ambassadeurs qui y siègent. Filippe Savadogo, en poste à Paris pendant onze ans, n’est pas un cas isolé.
Les clubs français financent directement des projets au Burkina : Montceau-les-Mines et plusieurs clubs de la zone 103 Centre-Est, avec l’appui de la LCIF, portent le centre de formation pour 250 filles à Dourou entre 2008 et 2012. Des chartes de jumelage sont signées, comme celle entre le club de Dax et celui de Koudougou en 2011.
L’allégeance n’est pas écrite dans un texte. Elle se lit dans la continuité des personnes : les mêmes milieux qui géraient les relations avec la France sous Compaoré restent organisés dans les mêmes clubs après 2014 et sous Kaboré.
Le poids se mesure aussi aux flux. | 9 524 |
| 6 | Face à la situation pour le moins préoccupante à Paris, nous appelons les manifestants au calme et les forces de l’ordre à la retenue. La France, qui a longtemps donné des leçons de maintien de l’ordre et de démocratie au reste du monde, a désormais l’occasion de nous montrer comment elle applique ses propres conseils. Nous suivons la démonstration avec beaucoup d’intérêt. | 15 473 |
| 7 | Camarades,
L’adversité ne doit pas nous rendre imprudents. La colère ne doit pas remplacer notre jugement. L’enthousiasme ne doit pas nous dispenser de réfléchir. Et la fidélité à une cause ne doit jamais nous faire oublier que la meilleure manière de la servir consiste à contribuer à sa réussite concrète.
L’histoire n’accorde pas toujours la victoire à ceux qui crient le plus fort. Elle retient souvent ceux qui ont su garder leur sang-froid lorsque tout les invitait à perdre la raison, ceux qui ont compris qu’une œuvre historique exige davantage que des émotions : elle exige de la méthode, de la patience, de la cohérence et une volonté capable de résister à l’usure du temps.
Camarades, nous devons être plus difficiles à distraire, plus difficiles à diviser et surtout plus exigeants envers nous-mêmes. Que chaque provocation rencontre notre discernement. Que chaque difficulté renforce notre capacité d’analyse. Que chaque désaccord nous rappelle la nécessité de revenir aux principes, aux faits et aux objectifs.
Restons concentrés. L’histoire avance, le temps juge et les actes finissent toujours par révéler la véritable valeur des engagements. | 15 209 |
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| 10 | En Côte d'Ivoire, sur les réseaux sociaux comme sur certains plateaux de télévision, les commentaires hostiles aux pays de l'AES reviennent sans cesse. Abidjan semble être devenu un centre de fabrication et de relais de la désinformation contre la Confédération.
Le Mali appartient à la Confédération des États du Sahel avec le Burkina Faso et le Niger. Elle est née d'une volonté de souveraineté commune et d'un projet de défense collective : Alliance des États du Sahel en septembre 2023, traité confédéral en juillet 2024.
La sécurité du Mali se pense donc avec ses engagements dans l'AES. Bamako n'a pas à renoncer à toute initiative bilatérale. Mais une démarche qui touche à la sécurité collective doit être pesée au regard des intérêts des trois États.
Président en exercice de la Confédération, le camarade Président Ibrahim Traoré doit veiller au grain. La cohésion de l'AES, proclamée à chaque sommet, doit aussi se vérifier dans la conduite des affaires stratégiques.
Quand elle s'impose, une concertation entre États membres évite qu'une initiative bilatérale crée des malentendus ou entame la confiance mutuelle.
Vu le passif, les tensions qui durent et l'échec des rapprochements précédents, le scepticisme se comprend. Une visite de haut niveau peut ouvrir une porte. Elle ne garantit ni la sincérité des intentions ni la tenue des engagements.
Pour l'AES, un partenariat sécuritaire se construit sur la confiance, la réciprocité et le respect des intérêts de chacun. Les sourires officiels et les communiqués n'y suffisent pas. | 21 339 |
| 11 | Le 15 octobre 2026, Vassiriki Traoré, patron du renseignement ivoirien, est attendu au Mali. La visite pose question. Entre Bamako et Abidjan, la méfiance n'est jamais retombée, et un chef du renseignement ne se déplace pas pour une simple réunion technique. Il vient parler de sécurité, d'échange d'informations, de confiance, et des intérêts de son pays.
Le contexte a changé. Les FAMa ont monté en puissance, Kidal a été reprise, et Bamako s'est rapproché d'Alger sur le plan sécuritaire, dans l'intérêt du Mali et de l'AES. Abidjan chercherait-il à s'ajuster à ce nouveau rapport de force ? Ce rapprochement a tout d'une stratégie de circonstance, voire d'une perfidie déjà vue dans les épisodes diplomatiques précédents. Le camarade Président Ibrahim Traoré, président en exercice de l'AES, et ses homologues le savent : la confiance se prouve.
Avant d'ouvrir de nouveaux canaux avec Abidjan, Bamako ferait bien de regarder ce qu'ont donné les tentatives précédentes dans l'espace AES.
Le 19 avril 2024, à Niangoloko, les ministres de la Défense du Burkina Faso et de la Côte d'Ivoire se sont rencontrés pour relancer la coopération militaire, mieux gérer la frontière et coordonner la lutte contre le terrorisme. Il est pourtant prouvé et documenté que les terroristes trouvent le gîte et le couvert en territoire ivoirien.
Entre le Niger et le Bénin, même blocage. Il a fallu des rencontres politiques de haut niveau, des discussions techniques, puis de nouvelles tentatives de dialogue en 2026. Résultat : zéro pointé.
La rencontre de Bamako viendra clore ce cycle de rencontres-prétextes. L'AES sait que multiplier les contacts ne rétablit pas la confiance. La bonne volonté ne se décrète pas, elle se démontre par des actes.
Les griefs des autorités de l'AES contre Abidjan, tels qu'ils ressortent de leurs accusations et de leurs discours, vont bien au-delà d'un désaccord diplomatique.
Abidjan reste un partenaire privilégié de Paris et l'un des points d'appui de la présence militaire française en Afrique de l'Ouest. C'est à cette lumière qu'il faut relire l'audition du général Didier Castres, alors président du groupe GEOS, devant la commission de la Défense de l'Assemblée nationale française, le 7 février 2024. Il y plaidait pour une stratégie d'influence française plus discrète et proposait un camp multinational de préparation opérationnelle autour de Port-Bouët, de l'aéroport d'Abidjan et de Lomo Nord, présenté comme un moyen de préserver l'influence française en Afrique. D'où une question politique : jusqu'où peut aller une stratégie d'influence étrangère conduite depuis un pays voisin du Sahel, quand les relations entre les États concernés sont à ce point dégradées ? Pour les dirigeants de l'AES, des poignées de main ne suffiront pas à y répondre. Il faut des clarifications, des garanties, des actes vérifiables. Or il est documenté que la Côte d'Ivoire a fait sienne la stratégie française et revendique un leadership africain dans des projets de déstabilisation de l'AES qu'elle poursuit avec obstination.
Le voisin ivoirien devrait commencer par lever ses propres ambiguïtés avant de vouloir ouvrir de nouveaux canaux politiques ou militaires. Comment oublier les 49 militaires ivoiriens arrêtés à Bamako en juillet 2022, condamnés par la justice malienne, puis graciés en janvier 2023 par le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta ? Abidjan parlait de soldats venus assurer un soutien logistique à la mission des Nations unies. C'étaient des mercenaires engagés dans un projet de déstabilisation du Mali.
En février 2022, un enregistrement audio présenté comme une conversation téléphonique entre Alassane Ouattara et Boubou Cissé, ancien Premier ministre malien, a fait scandale. On y entendait des propos critiques envers les autorités maliennes. Comment bâtir une confiance durable quand des soupçons de cette gravité continuent de peser entre deux États ?
Reste la guerre de communication. | 17 501 |
| 12 | https://chat.whatsapp.com/KTakUzEbMTB3h8aXFUqKPn?s=cl&p=i&mlu=4&ilr=4 | 18 280 |
| 13 | Avec Faso Mêbo, des citoyens se mobilisent aussi pour des travaux collectifs, l'aménagement des villes, la construction de routes.
Pour ceux qui soutiennent cette orientation, c'est la volonté de ne plus attendre que d'autres construisent le pays à notre place.
Un peuple qui participe, qui travaille et qui reprend son destin en main.
La souveraineté, ce n'est pas une déclaration. C'est une charge.
Et c'est justement parce que ce pays a tant sacrifié que les attentes sont si grandes.
En avril 2022, le tribunal militaire de Ouagadougou condamne Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré à la perpétuité pour l'assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons. Hyacinthe Kafando prend aussi la perpétuité.
Trente-quatre ans après.
Trente-quatre ans pendant lesquels une partie du pays a gardé ses questions, sa colère et sa soif de justice.
Il a fallu des décennies pour qu'un tribunal dise enfin qui était responsable.
C'est pour ça qu'il ne faut jamais prendre le silence d'un peuple pour de l'oubli.
Ce peuple ne crie pas tous les jours. Il ne manifeste pas pour un rien. Il ne répond pas à chaque provocation.
Mais il n'a jamais signé de reçu pour effacer sa mémoire.
À Boni, chez les Bwa, on sort encore les masques de feuilles. On les tresse avec la brousse, ils dansent, et après la fête on ne les range pas dans une vitrine. La matière retourne à la terre. Ce qui reste, c'est le savoir de les refaire et le sens de la danse.
J'aime cette image.
Parce que ce pays est comme ça.
Une conviction bien enracinée ne meurt pas forcément avec ceux qui la portent.
Ce qu'on détruit se reconstruit. Ce qu'on interdit continue de vivre dans les têtes. Ce qu'on croit enterré ressort ailleurs, autrement.
Le Burkina Faso a connu des défaites, des trahisons, des deuils et des désillusions. Et il s'est toujours relevé.
Ce pays sait reconnaître la valeur d'un homme.
Il a honoré Joseph Ki-Zerbo pour son œuvre. Il a porté Thomas Sankara dans sa mémoire pendant des décennies. Il se souvient des journalistes, des étudiants, des soldats, des travailleurs, des femmes et des anonymes qui ont payé pour leurs convictions.
Il sait aussi reconnaître les renoncements, les ambitions personnelles et les trahisons.
Et il a la mémoire longue.
Ici, on ne devrait pas seulement te demander d'où tu viens. On devrait te demander ce que tu as apporté à la maison du père.
Ce que tu as fait quand le pays souffrait.
Ce que tu as défendu quand la peur imposait le silence.
Et ce que tu es prêt à construire maintenant qu'il faut rebâtir.
Na an laara, an saara.
Si nous nous couchons, nous sommes morts.
Voilà. C'est dit.
Et avant que quelqu'un vienne en commentaire me dire que c'est l'IA qui a écrit ce texte, je réponds simplement :
Non, mon frère. Ce n'est pas l'IA. C'est l'IM.
Intelligence Maïga.
Ça ne consomme pas de data, ça tourne au tô et au bissap, et ça ne plante jamais pendant les coupures. | 20 973 |
| 14 | Quand la colère montait, qu'on dispersait les manifestations, qu'on arrêtait des gens et qu'on coupait par moments l'internet mobile. C'est là que des jeunes ont pris position.
À Kaya, à Ouagadougou, à Bobo-Dioulasso et ailleurs, certains ont pris les gaz lacrymogènes, les matraques, les nuits au poste. D'autres ont subi des pressions, perdu des occasions, payé cher.
Ils n'avaient pas forcément de galons, de fonction officielle ou de micro.
Ils avaient leur voix, leurs convictions et leur corps.
Et ils les ont mis devant.
Je sais que l'engagement patriotique n'est pas toujours récompensé. On s'expose à l'incompréhension, aux attaques, aux accusations. Mais il faut savoir pourquoi on parle et ce qu'on défend.
Moi, je ne veux pas qu'on réduise mon parcours à mes prises de position les plus récentes. Mon engagement se comprend aussi par ce que j'ai dénoncé quand le pays allait mal.
On peut me critiquer. On peut me contester. Je peux être en désaccord avec des compatriotes. Mais je refuse qu'on se serve de la souffrance de nos soldats dans des rivalités politiques. Leur dignité passe avant nos querelles.
Aujourd'hui, le Burkina Faso a changé de direction sous le capitaine Ibrahim Traoré. Nous lui faisons confiance et nous reconnaissons ce qui a été engagé au nom de la souveraineté nationale, de la mobilisation populaire et du développement du pays.
Pour nous qui avons vécu les inquiétudes de 2021, cette nouvelle étape porte l'espoir de ne plus revoir les mêmes abandons. Ce qui avait provoqué notre colère appartient à une autre période, même si personne ne peut dire que les problèmes de sécurité et la situation humanitaire sont réglés pour de bon.
Notre confiance repose sur un espoir : un Burkina qui prend ses responsabilités, protège mieux ses forces de défense et de sécurité, mobilise sa jeunesse et décide davantage de son avenir.
Cette confiance ne nous oblige pas à oublier. Elle nous oblige plutôt à retenir la leçon.
Soutenir ce qui se fait aujourd'hui, ce n'est pas falsifier hier. Et rappeler hier, ce n'est pas refuser de construire demain.
Je crois à la souveraineté nationale. Je crois que le peuple burkinabè sait se relever. Et je crois qu'un pays n'avance pour de bon que si on reconnaît les sacrifices de ses citoyens et si on apprend de ses erreurs.
À ceux qui voudraient réécrire cette histoire, je rappelle une chose : le peuple burkinabè a de la mémoire.
Il se souvient des dates, des visages, de ce qui a été dit quand c'était dur. Il se souvient de ceux qui ont osé, de ceux qui ont pris des risques, de ceux qui étaient là avant que le vent tourne.
Je ne demande pas de médaille, et je ne veux rien prendre aux autres. Je demande qu'on rende à chacun sa place. On ne construit pas un pays en effaçant ce que ses citoyens ont fait. On le construit en reconnaissant les faits, en assumant les erreurs et en respectant les sacrifices.
Je n'ai pas besoin de rabaisser les autres pour rappeler ce que j'ai fait. Je n'ai pas besoin de réécrire l'histoire pour défendre mes convictions. Je demande seulement que personne ne falsifie ce que nous avons vécu.
J'étais là quand j'ai pensé que le pays avait besoin de se mobiliser. J'ai appelé le peuple à sortir et je l'assume. Aujourd'hui encore, je crois que les Burkinabè peuvent se relever, se rassembler et bâtir leur avenir.
Ce que j'ai fait hier explique ce que je pense aujourd'hui. Et ma confiance dans la direction actuelle ne m'oblige pas à oublier le chemin.
Le Burkina Faso appartient à son peuple. Son histoire appartient aussi à ceux qui l'ont vécue.
Le 30 septembre 2022, un autre capitaine arrive au pouvoir : Ibrahim Traoré. Il a trente-quatre ans.
Presque l'âge de Sankara en 1983.
Les anciens ont fait le rapprochement. Les jeunes aussi. Beaucoup y ont vu une chance de reprendre le chantier de la souveraineté et de la dignité.
Avec le Mali et le Niger, le Burkina crée l'Alliance des États du Sahel, l'AES. Les trois pays quittent la CEDEAO en 2025. | 15 788 |
| 15 | Après la chute de Compaoré, beaucoup attendent une vraie rupture.
Mais d'anciens compagnons du régime reviennent au pouvoir sous la bannière du Mouvement du peuple pour le progrès, le MPP.
Pour une partie de la population, on a changé de chef, pas de système.
Les promesses s'enchaînent, et pendant ce temps la sécurité se dégrade. Les attaques se multiplient. Des villages enterrent leurs morts. Des familles fuient. Des soldats tombent au front, parfois dans des conditions qui posent de très graves questions.
Puis il y a deux dates que ce pays n'oubliera pas.
Juin 2021 : Solhan.
Une attaque d'une violence inouïe sur ce village du Sahel burkinabè. Le bilan officiel parle de 132 morts. D'autres décomptes donnent plus.
Des familles entières disparaissent en une nuit. Tout le pays est sonné.
Novembre 2021 : Inata.
Cinquante-trois gendarmes tués dans l'attaque de leur détachement.
Avant le drame, des alertes étaient remontées à la hiérarchie sur le ravitaillement et le manque de vivres. Quand le contenu de ces messages a été connu, l'opinion a été choquée.
Des hommes envoyés défendre le pays avaient été laissés dans le dénuement. Ça n'aurait jamais dû arriver.
Et dans cette histoire, il y a un nom que je refuse de voir disparaître : Ibrahima Maïga.
À ce moment-là, quand la situation de nos forces sur le terrain inquiétait tout le monde, je n'ai pas choisi de me taire. J'ai parlé pour alerter sur ce que vivaient nos soldats. Et je ne me suis pas arrêté à la dénonciation. J'ai pris une initiative que je considère comme un moment important de mon engagement : lancer un mouvement avec le peuple, appeler les Burkinabè à sortir, à se mobiliser, à se faire entendre.
À ma connaissance, j'étais le seul à avoir lancé un appel à la mobilisation populaire sous cette forme. Je le rappelle sans vanité. Je le rappelle parce que je ne veux pas que cette partie de notre histoire soit effacée ou réécrite selon les intérêts du moment. Les publications, les appels et les archives de l'époque sont là pour dire ce qui s'est vraiment passé.
Je savais que c'était risqué. La période était dure, la colère montait, et personne ne savait où allait le pays. Mais je ne pouvais pas regarder la situation se dégrader sans rien faire.
Je ne cherchais ni poste ni récompense. Je ne savais pas ce que ça me rapporterait, encore moins ce que ça pouvait me coûter. Je savais seulement que des hommes défendaient notre patrie dans des conditions difficiles et que quelqu'un devait le dire.
Je pensais à nos soldats et à leurs familles. Aux mères qui attendaient des nouvelles de leurs fils. Aux enfants qui espéraient revoir leur père. À toutes ces familles qui payaient pour une crise dont elles n'étaient pas responsables.
Comment aurais-je pu dire que j'aime le Burkina et détourner les yeux ?
Pour moi, être patriote, ce n'est pas applaudir quand tout va bien. C'est aussi avoir le courage de dire ce qui ne va pas quand le pays est à genoux. C'est prendre ses responsabilités sans attendre que le vent tourne, sans calculer ce qu'on va y gagner.
À ce moment-là, j'ai choisi de parler et d'agir. Je ne voulais pas attendre le drame pour venir expliquer ensuite ce qu'il aurait fallu entendre avant.
Je ne prétends pas avoir été le seul inquiet. Des militaires, des familles, des journalistes et d'autres Burkinabè ont aussi alerté. Mais l'initiative de la mobilisation populaire, je la revendique, et je demande que mon rôle soit reconnu pour ce qu'il a été.
L'histoire ne peut pas être écrite seulement par ceux qui ont le pouvoir, les médias ou les tribunes. Il faut y faire une place à ceux qui ont pris des risques quand c'était difficile.
À Inata, ce n'est pas seulement un poste militaire qui est tombé. C'est la confiance d'une partie du peuple envers ceux qui le dirigeaient.
Ce jour-là, ça a cassé.
Et des gens se sont levés.
Pas en 2023, quand le nouveau rapport de force était déjà installé et qu'il devenait plus confortable de soutenir la nouvelle ligne.
En 2021. | 11 261 |
| 16 | Le projet tombe à l'eau.
Encore une fois, le pouvoir apprend qu'on ne décrète pas la volonté d'un peuple.
Le 4 août 1983, un capitaine de trente-trois ans prend le pouvoir : Thomas Sankara.
Il ne veut pas changer de discours. Il veut changer la façon dont le pays se regarde, travaille et se présente au monde.
Les ministres roulent en Renault 5. Les dépenses de prestige sont chassées. On pousse le Faso Dan Fani, le pagne tissé ici, pour faire vivre les tisseuses du pays.
L'idée est simple : pourquoi mépriser ce qu'on fabrique chez nous et admirer tout ce qui vient d'ailleurs ?
La Haute-Volta devient le Burkina Faso.
La révolution veut rendre sa dignité à un peuple qu'on avait habitué à chercher sa valeur ailleurs.
Sur le terrain, des millions d'enfants sont vaccinés. On plante des arbres. On s'attaque à l'analphabétisme, on parle de l'émancipation des femmes, on rogne les privilèges de ceux qui gouvernent.
En juillet 1987, à Addis-Abeba, Sankara demande aux dirigeants africains de refuser ensemble de rembourser la dette. Seul, dit-il, le pays qui oserait le faire serait exposé.
On se souvient encore de ce discours.
Lui ne sera pas à la conférence suivante.
Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné avec douze de ses compagnons.
Et le coup vient de l'intérieur, d'un cercle où il y avait des hommes qu'il appelait ses frères.
On a pu tuer Sankara. On a pu défaire son gouvernement et essayer d'enterrer sa révolution.
On n'a jamais réussi à le sortir de la tête des gens.
Dans le Sud-Ouest, il y a les ruines de Loropéni. De gros murs de pierre qui tiennent là depuis des siècles, au milieu de la brousse. Ils rappellent que cette terre a une histoire bien plus ancienne que les frontières tracées par les colons.
Quand je pense à ces pierres, je pense à ce peuple.
On peut le frapper, le diviser, le faire souffrir pendant des années. On peut croire qu'il a oublié parce qu'il ne répond pas tout de suite.
Mais se taire, ce n'est pas toujours être faible.
Parfois, c'est juste le temps qu'il faut à la mémoire pour devenir parole.
En décembre 1998, Norbert Zongo, journaliste et directeur de publication, est retrouvé mort près de Sapouy, brûlé dans une voiture avec trois autres personnes. Il enquêtait sur la mort de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré, frère du président Blaise Compaoré.
Le pays s'indigne.
Étudiants, travailleurs, journalistes, simples citoyens descendent dans la rue. On veut la vérité. On veut la justice.
Février 2011.
À Koudougou, Justin Zongo, un élève, meurt après être passé entre les mains de la police. Les manifestations partent de sa ville et gagnent d'autres régions.
Chaque fois, c'est pareil : quand l'injustice devient insupportable, la colère finit par trouver la rue.
Ce peuple n'a pas oublié Norbert Zongo. Il n'a pas oublié Justin Zongo. Ni tous ceux dont on connaît moins le nom, mais dont les familles et les quartiers portent encore la douleur.
Après vingt-sept ans au pouvoir, Blaise Compaoré veut modifier la Constitution pour rester.
Le peuple dit non.
Le 29 octobre 2014, des femmes sortent avec leurs spatules, celles qui tournent le tô tous les matins.
Elles les lèvent au-dessus de leurs têtes.
Ça a frappé tout le monde parce que ça venait de la vie de tous les jours. De femmes qui se lèvent tôt, nourrissent les enfants, vendent, cultivent et font tenir la maison malgré tout.
Au Burkina, pas besoin d'uniforme pour entrer dans l'histoire. Il suffit parfois de prendre l'outil de tous les jours et de lui faire dire autre chose.
Le 30 octobre, la foule entre à l'Assemblée nationale. Le 31, Blaise Compaoré lâche le pouvoir et prend la route de la Côte d'Ivoire.
Le peuple a encore parlé.
En septembre 2015, des éléments de l'ex-Régiment de sécurité présidentielle tentent un coup d'État. La rue, les organisations de la société civile et tous ceux qui refusent ce retour en arrière le font échouer.
Une semaine de peur et de tension.
Et encore une fois, cette force qui se réveille quand les Burkinabè sentent que l'essentiel est menacé. | 9 399 |
| 17 | Burkina Faso : un peuple qu'on peut faire souffrir, mais qu'on ne peut pas effacer
Il y a un mot mooré que les autres langues n'arrivent pas à traduire tout à fait : burkina.
On dit intégrité, on dit honneur, et on sent bien que ça ne suffit pas. Disons que c'est ce qui reste à un homme quand on lui a tout pris, sauf sa dignité.
En 1984, quand ce pays s'est donné un nouveau nom, il a fait parler plusieurs langues. Burkina, en mooré. Faso, en dioula, la maison du père. Et le bè, qu'on rattache au peul, pour dire ceux qui y vivent. Dans le nom même, personne n'est laissé dehors.
Mais pour comprendre ce que veut dire être burkinabè, il faut remonter avant 1984. Avant même de réclamer sa liberté, ce peuple a dû se battre pour avoir le droit d'exister.
En 1932, la France coloniale supprime la Haute-Volta et partage son territoire entre la Côte d'Ivoire, le Soudan français et le Niger. Comme si on pouvait découper un pays au crayon, sans se soucier de ceux qui y vivent.
Les Mossi, les Bobo, les Gourmantché, les Lobi et bien d'autres se retrouvent administrés depuis des chefs-lieux différents. Il faut attendre le 4 septembre 1947 pour que la Haute-Volta soit rétablie.
Quinze ans rayés de la carte.
Avant d'arracher l'indépendance, il avait donc déjà fallu arracher le droit d'avoir un pays.
Et avant les Français, il y avait Naaba Wobgo, qu'on appelle aussi Moro-Naba Wobogo.
En 1896, quand les troupes françaises arrivent à Ouagadougou, le souverain du Moogho ne se soumet pas. Il refuse de signer, il résiste, et il finit en exil en Gold Coast, l'actuel Ghana, plutôt que de se mettre à genoux.
On ne l'a pas oublié.
Chaque vendredi, à Ouagadougou, le Moogho Naaba sort en tenue de guerre. Les anciens le prient de rester au palais plutôt que de partir au combat.
Le roi reste.
On rejoue ça depuis des générations : un souverain prêt à partir défendre les siens, et les siens qui lui demandent de ne pas les quitter. Ce n'est pas du folklore. Les gens savent très bien ce qu'ils regardent.
Ici, dans les récits d'origine, le cheval n'est jamais juste un animal.
Yennenga, fille du roi de Gambaga selon la tradition, montait mieux que les guerriers de son père. Lui voulait la garder près de lui. Elle est partie, parce qu'elle refusait qu'on décide de sa vie à sa place.
En route, elle rencontre Riallé. Leur fils, elle l'appelle Ouédraogo, l'étalon.
C'est devenu l'un des noms de famille les plus portés du pays.
Et quand le Fespaco, à Ouagadougou, récompense le meilleur long métrage de fiction, il remet l'Étalon d'or de Yennenga. Le cinéma africain couronne ses films avec le cheval d'une femme qui n'a pas laissé les autres choisir pour elle. Je trouve ça très beau.
Six ans à peine après l'indépendance, Maurice Yaméogo, premier président de la Haute-Volta, baisse de 20 % le salaire des fonctionnaires au nom de l'austérité.
Les syndicats se mobilisent, les travailleurs descendent dans la rue, et la colère gagne vite le reste de la population.
Le 3 janvier 1966, le régime tombe.
Yaméogo démissionne. Un pouvoir peut avoir l'administration, les institutions et la police, et ne plus avoir le peuple. C'est ce que la Haute-Volta a montré ce jour-là.
Sans prendre les armes.
Il y avait Joseph Ki-Zerbo dans cette histoire. Historien, intellectuel, homme politique. Il a passé sa vie à montrer que l'Afrique avait une histoire et une pensée bien avant que l'Europe prétende la découvrir.
Il a contribué aux travaux de l'UNESCO sur l'Histoire générale de l'Afrique, à une époque où certains discours coloniaux niaient encore que le continent ait un passé. Pour lui, les Africains n'avaient jamais été des figurants dans l'histoire des hommes.
Il répétait une phrase en dioula :
« Na an laara, an saara. »
Si nous nous couchons, nous sommes morts.
Il ne parlait pas de dormir. Il parlait de renoncer. De prendre le silence pour la paix et la résignation pour de la sagesse.
On pourrait raconter une bonne partie de l'histoire du Burkina avec ces quatre mots.
En décembre 1975, le régime veut imposer un parti unique. Grève générale. | 11 140 |
| 18 | SHAP SHAP est lancé
Le collectif SHAP SHAP démarre aujourd'hui. Il s'adresse à tous ceux qui soutiennent la révolution au Burkina et veulent aider sur les réseaux sociaux. Il n'y a ni inscription ni carte de membre.
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Ce qu'on attend des Sentinelles
SHAP SHAP travaille sur les réseaux sociaux. Le travail consiste à suivre l'actualité, à vérifier ce qui circule et à corriger les fausses informations quand on en repère, preuves à l'appui. Quand un fait important tombe sur la situation du pays, on le relaie vite.
Une correction sans source ne vaut rien. Avant de publier, on vérifie.
Partagez le logo, rejoignez le groupe et parlez du collectif autour de vous. | 13 557 |
| 19 | Il pourrait y aller en quelques jours. Il ne le fait pas. Il monte vers le désert, il passe chez les Bamana à Ségou, chez les Peuls à Mopti, chez les Songhoy à Gao, il longe le pays haoussa, et il ne rejoint la mer qu’après quatre mille kilomètres. Il passe chez tout le monde. Personne ne peut le garder pour lui.
Il y a huit siècles, à Kurukan Fuga, des chasseurs ont commencé leur charte par une phrase : toute vie est une vie.
Ils n’ont pas écrit « toute vie bamana ». Ni « toute vie peule ». Ni « toute vie de ceux qui pensent comme nous ».
Si vous connaissez un garçon qui commence à parler comme eux, allez le voir aujourd’hui. Pas demain.
Bonne semaine.
Ibrahima Maiga | 15 272 |
| 20 | Lundi. Il fait encore sombre et je n’arrive pas à me sortir une chose de la tête.
En 2013, quand les hommes d’Ansar Dine ont quitté Tombouctou, ils ont mis le feu à l’institut Ahmed Baba. Des milliers de manuscrits ont brûlé. Ceux qui restent, on les doit à des familles de la ville qui, pendant des mois, les avaient sortis en cachette dans des cantines et des sacs de riz, sur des charrettes, des pirogues, jusqu’à Bamako. Des gens ordinaires. Ils n’avaient pas d’armes. Ils avaient des sacs de riz.
L’homme dont l’institut porte le nom, Ahmed Baba, avait déjà connu ça. En 1591, après Tondibi, des soldats l’ont sorti de Tombouctou enchaîné. Il est tombé de son chameau en route et s’est cassé la jambe. Ils ont continué. À Marrakech, il a dit avoir perdu 1 600 livres, et que dans sa famille c’était lui qui en avait le moins.
Quatre siècles plus tard, d’autres hommes sont venus brûler ce qui restait. Ils disaient le faire au nom de Dieu. Ahmed Baba était un savant musulman. Les livres qu’ils ont brûlés parlaient de Dieu.
Je dis ça pour nos jeunes, parce que c’est à eux qu’on vient parler en premier.
On viendra leur dire que leur village a été humilié et qu’il faut le venger. On viendra avec une moto, un peu d’argent, un fusil, et le mot frère. On leur dira : nous sommes ta famille maintenant. C’est un mensonge qu’on connaît bien, parce qu’on connaît la vraie chose.
À Ségou, chez les Bamana, des jeunes du même âge mettaient leurs pièces dans le même pot et labouraient les champs les uns des autres. Ça s’appelait un tòn. Biton Coulibaly en a fait un royaume. Une fraternité, la vraie, ça sert à faire pousser le mil du voisin. Celle qu’on leur propose dans la brousse sert à brûler son grenier.
Ceux qui recrutent aiment parler de Hamdallaye et de la Diina. Qu’ils lisent ce que Sékou Amadou a réglé en premier en 1818 : le chemin des vaches. Quel jour le berger peul entre dans les pâturages, pour que le pêcheur bozo puisse pêcher et que le paysan bamana puisse semer. Il voulait que trois peuples partagent la même eau sans se tuer. Ceux qui se réclament de lui aujourd’hui empoisonnent les puits et ferment les écoles.
Les Peuls ont un mot pour ce qu’ils attendent d’un homme : pulaaku. Se tenir. Avoir honte de mal faire. Celui qui égorge un voisin devant ses enfants n’a pas de pulaaku. Il n’est d’aucune ethnie. Il a quitté la sienne le jour où il a pris l’arme contre les siens.
Et il faut que je dise l’autre moitié, parce qu’elle compte autant. Un Peul n’est pas un terroriste. Un berger avec son bâton n’est pas un suspect. Chaque fois qu’on punit tout un campement pour ce qu’a fait un seul homme, on offre aux recruteurs ce qu’ils n’arrivaient pas à obtenir seuls : un garçon en colère qui n’a plus rien à perdre. Ils comptent sur nous pour ça. Ils comptent qu’on se mette à regarder notre voisin de travers.
Nos anciens avaient prévu le coup. Le Dogon insulte le Bozo, le Mossi insulte le Samo, le Peul insulte le Bobo. Ils rient. Personne ne frappe. Et le jour où l’un tombe, l’autre vient. Aucun groupe armé n’a jamais réussi à faire ça.
Chez les Mossi, chaque vendredi à Ouagadougou, le Moogho Naaba sort en tenue de guerre et ses anciens le supplient de rester. Il reste. Depuis des siècles, on rejoue devant tout le monde un homme prêt à partir faire la guerre, et des gens qui le retiennent. Je pense que c’est notre travail, à nous tous, avec chaque garçon qui hésite. Le retenir. Lui parler avant que d’autres le fassent.
Chez les Haoussa, à Daura, un étranger a tué le serpent qui empêchait la ville de boire. Il n’était de nulle part, et c’est lui qu’on a gardé. Le serpent, lui, tenait le puits et décidait qui avait le droit de boire. Je n’ai pas besoin de vous dire à qui il ressemble aujourd’hui.
À Gao, le tombeau d’Askia Mohammed, cette pyramide de terre avec ses poutres qui sortent des murs, tient depuis cinq cents ans parce que chaque année, après la pluie, des gens remontent dessus pour refaire l’enduit. Personne ne le fait seul. Un pays, c’est pareil.
Le Niger naît à deux cent quarante kilomètres de la mer. | 14 218 |
