Revivifier l’Héritage Prophétique
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Un espace dédié aux musulmans et aux du‘āt francophones : des points de départ pour la réforme, fondés sur les préceptes et l’héritage de la prophétie.
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Le réformateur et la compréhension de la réalité
L'une des plus grandes manifestations de la réussite et de la guidée accordées par Dieu est que le réformateur soit guidé vers une compréhension juste des problèmes de son époque, qu'il en saisisse les différents degrés de gravité, puis qu'il soit conduit à adopter la méthode conforme à la vérité pour les traiter, ainsi qu'à accorder la priorité aux réformes les plus importantes avant celles qui le sont moins.
Il mérite ainsi le qualificatif de sage (ḥakīm), la sagesse étant définie par les savants comme le fait de « faire ce qui doit être fait, de la manière dont cela doit être fait, au moment où cela doit être fait. »
Cette définition implique, au premier chef, la compréhension des priorités (fiqh al-awlawiyyāt) : savoir accorder davantage d'attention et d'efforts aux intérêts les plus importants qu'aux autres.
Pour approfondir : La Boussole du réformateur - Ahmad Ibn Yûsuf al-Sayyid
Parmi les qualités des réformateurs : la patience
La patience est l'un des piliers fondamentaux des qualités du réformateur. Il est impossible pour celui-ci d'atteindre son objectif sans elle. C'est une vertu majeure qui englobe de nombreuses dimensions, parmi lesquelles :
- Faire preuve de patience dans l'appel à Dieu, dans l'établissement de la preuve et dans la transmission de la vérité aux hommes, en persévérant avec constance, sans renoncer en raison de la longueur du chemin ou du petit nombre de ceux qui suivent cette voie.
- Supporter avec patience les épreuves et les obstacles qui se dressent sur le chemin du réformateur, sans qu'ils ne l'affaiblissent ni ne le conduisent à l'humiliation ou à la résignation.
- Patienter face au refus des gens d'accueillir la vérité.
- La patience implique également le sacrifice, en préférant l'au-delà aux intérêts de ce monde lorsqu'il s'agit de défendre la vérité.
- Elle consiste aussi à retenir son âme de toute révolte, plainte ou désespoir lors des épreuves et des difficultés que traverse le réformateur. Il croit au décret d'Allah et à Sa prédestination, et s'efforce d'accueillir cela avec satisfaction.
- Elle comprend également la patience qui consiste à s'abstenir des péchés, des désobéissances et des tentations qui jalonnent le parcours du réformateur.
- Enfin, l'un des aspects les plus essentiels de la patience dans l'œuvre de réforme est de ne pas chercher à hâter les résultats, mais d'accepter que les fruits de la réforme mûrissent au moment voulu.
Pour approfondir : La Boussole du réformateur - Ahmad Ibn Yûsuf al-Sayyid
Le danger de l’amour du bas-monde pour le réformateur
L’amour du bas-monde et la recherche de ses avantages comptent parmi les principales causes qui conduisent les réformateurs à l’échec. Allah تعالى dit ::
« Parmi vous, il en est qui veulent ce bas-monde.» (Âl ‘Imrân, 152)C’est pourquoi il est rapporté du Prophète ﷺ qu’il craignait davantage pour ses compagnons, après sa mort, la tentation du bas-monde que toute autre chose. D’après ‘Uqba ibn ‘Âmir رضي الله عنه, le Messager d’Allah ﷺ a dit :
« Je vous précède au Bassin (al-Hawd) et sa largeur est comme la distance entre Aylah et al-Juhfa. Je ne crains pas pour vous que vous associiez quoi que ce soit à Allah après moi, mais je crains que vous ne rivalisiez pour ce monde, que vous ne vous combattiez à cause de lui et que vous ne périssiez comme ont péri ceux qui vous ont précédés. »(Rapporté par al-Bukhârî)Nous constatons également que le Prophète ﷺ a expliqué que l’amour du bas-monde est l’une des causes majeures de la domination des ennemis sur la communauté et de son incapacité à leur résister. Il a dit :
« Les nations seront sur le point de se rassembler contre vous comme des convives se rassemblent autour de leur plat. »Quelqu’un demanda :
« Serons-nous peu nombreux ce jour-là ? »Il répondit :
« Non, vous serez nombreux, mais vous serez comme l’écume emportée par le torrent. Allah retirera de la poitrine de vos ennemis la crainte qu’ils avaient de vous et Il jettera dans vos cœurs le “wahn”. »On demanda :
« Ô Messager d’Allah, qu’est-ce que le wahn ? »Il répondit :
« L’amour du bas-monde et l’aversion pour la mort. »L’amour du bas-monde peut toucher des croyants sincères, vertueux, réformateurs, actifs et dévoués, ayant derrière eux un passé de sacrifices et d’efforts dans la voie d’Allah. C’est ce qui arriva à certains compagnons du Prophète ﷺ lors de la bataille de Uhud : une partie d’entre eux se détourna pour rechercher un intérêt terrestre, tandis que ceux qui restèrent fermes étaient animés par la recherche de l’au-delà. Allah تعالى dit :
« Et parmi vous, il en est qui veulent l’au-delà. » (Âl ‘Imrân, 152)Cela montre que la présence constante de l’au-delà dans le cœur est l’un des plus grands facteurs de fermeté. À l’inverse, chaque fois que le rappel de l’au-delà s’affaiblit et que l’influence du bas-monde demeure présente dans le cœur, le réformateur s’expose au risque d’être vaincu intérieurement par cet attachement terrestre. C’est pourquoi l’un des moyens les plus importants de se prémunir contre l’ébranlement lors des grandes épreuves est d’éduquer les réformateurs à exalter l’au-delà, à le garder constamment présent à l’esprit et à développer une certitude profonde à son égard. Allah dit à propos de ceux qui restèrent fermes aux côtés de Tâlût (Saül), après que d’autres eurent reculé :
« Ceux qui étaient convaincus qu’ils rencontreraient Allah dirent… »(Al-Baqara, 249)Ce verset montre qu’ils ont tenu bon, alors que d’autres se retiraient, parce qu’ils étaient convaincus qu’ils rencontreraient Allah. Le terme :
« Ils étaient convaincus » (yaẓunnûna)signifie ici : ils avaient la certitude. Cela montre que la certitude de la rencontre avec Allah est l’un des plus grands soutiens du réformateur face aux épreuves, même lorsque les moyens matériels sont limités. Ainsi, malgré la faiblesse numérique de Tâlût et de ses soldats, leur certitude dans la rencontre avec Allah les amena à dire :
« Combien de fois une petite troupe a vaincu une grande troupe par la permission d’Allah ! Et Allah est avec les endurants. »(Al-Baqara, 249)Puis Allah dit à leur sujet :
« Ils les vainquirent par la permission d’Allah. »(Al-Baqara, 251)La question est donc intimement liée à la permission d’Allah, à Son secours et à Son soutien qu’Il accorde aux croyants sincères, fermes et patients. Pour approfondir : La Boussole du réformateur - Ahmad Ibn Yûsuf al-Sayyid
Construire une juste compréhension des notions de réussite et d’échec dans l’action réformatrice
La mauvaise compréhension de la réussite, de l’accomplissement et des fruits de l’action peut conduire au découragement et à la frustration lorsque les résultats espérés ne se concrétisent pas. Or, la Révélation est venue corriger profondément cette perception. Le Prophète ﷺ et ses Compagnons ont été formés à cette compréhension, si bien que leur conception de la réussite et de l’échec était claire.
Les épreuves ne constituaient donc pas, pour eux, une porte ouverte au désespoir ou à l’abattement. Bien au contraire, ils voyaient dans les difficultés des opportunités, et dans les moments de détresse des occasions d’accroître leur foi et leur soumission à Dieu.
Allah, le Très-Haut, dit :
« Lorsque les croyants virent les coalisés, ils dirent : “Voilà ce qu’Allah et Son Messager nous avaient promis. Allah et Son Messager ont dit vrai.” Et cela ne fit qu’accroître leur foi et leur soumission. »(Sourate Al-Ahzâb, v. 22)Que voulaient donc dire les Compagnons lorsqu’ils affirmaient :
« Voilà ce qu’Allah et Son Messager nous avaient promis » ?Les grands exégètes expliquent qu’ils faisaient référence à la parole d’Allah dans la sourate Al-Baqara :
« Pensez-vous entrer au Paradis alors que vous n’avez pas encore subi des épreuves semblables à celles que subirent ceux qui vécurent avant vous? Misère et maladie les avaient touchés; et ils furent secoués jusqu’à ce que le Messager, et avec lui, ceux qui avaient cru, se fussent écriés: "Quand viendra le secours d’Allah ?" - Certes, le secours d’Allah est sûrement proche. » (Sourate Al-Baqara, v. 214)Autrement dit : voilà ce qu’Allah et Son Messager nous avaient annoncé : les épreuves, les tests et les difficultés qui précèdent le secours divin, lequel est proche. C’est pourquoi ils dirent :
« Allah et Son Messager ont dit vrai. »On comprend ainsi que cette préparation coranique préalable est ce qui leur permit de considérer l’épreuve des Coalisés comme une cause d’augmentation de la foi, de confirmation de la promesse divine et de raffermissement dans la constance. Cela montre l’importance de la construction spirituelle et de la formation méthodologique avant l’arrivée des crises. Car lorsque celles-ci surviennent, le croyant lucide puise dans les enseignements qu’il a intégrés auparavant afin de les appliquer à sa situation, avec l’aide et l’assistance d’Allah. Parmi les enseignements prophétiques remarquables dans ce domaine figure ce hadith rapporté par Muslim d’après Abd Allah ibn ‘Amr (qu’Allah soit satisfait de lui et de son père), dans lequel le Prophète ﷺ a dit :
« Toute expédition militaire qui combat, obtient un butin et revient saine et sauve a déjà reçu par avance les deux tiers de sa récompense. Quant à toute expédition qui échoue ou subit des pertes, sa récompense lui est accordée dans son intégralité. »(Rapporté par Muslim)Ce hadith renverse les critères habituels par lesquels les hommes évaluent le succès. Les signes apparents de la réussite — la victoire, le butin et le retour sans pertes — ne constituent plus l’unique mesure de la valeur d’une action. Au contraire, l’expédition qui, en apparence, a échoué, qui a subi des pertes et est revenue avec des blessures et des sacrifices sans gain matériel, peut être supérieure auprès d’Allah du point de vue de la récompense. Ainsi, dans la perspective islamique, la réussite ne se réduit pas aux résultats visibles. Elle réside avant tout dans la sincérité, la fidélité à la voie de Dieu, la persévérance dans l’épreuve et l’accomplissement du devoir, même lorsque les fruits espérés tardent à apparaître ou semblent absents aux yeux des hommes. Pour approfondir : La Boussole du réformateur - Ahmad Ibn Yûsuf al-Sayyid
L'adoration de Dieu dans l'œuvre réformatrice
Lorsque le travail au service de la religion devient une véritable adoration vouée à Dieu, exalté soit-Il, et que l'être humain agit à partir de ce principe d'adoration dans ses allées et venues, ses départs et ses retours, dans sa prédication comme dans son action réformatrice, en cherchant à se rapprocher de Dieu et en Lui vouant chacun de ses efforts et de ses sacrifices, alors il devient l'un des hommes les plus heureux dans son cœur, les plus sereins dans leur esprit, les plus constants dans leur engagement, les plus patients face aux épreuves et aux difficultés, et les moins pressés de voir apparaître les fruits de leur action.
En revanche, lorsque le regard de l'homme demeure constamment fixé sur les résultats et les fruits de son œuvre, il reste habité par un sentiment de manque, de besoin et d'inachèvement, comme si quelque chose faisait toujours défaut.
Certes, les fruits de l'action sont recherchés, désirés et légitimement espérés. Mais lorsque l'homme remplit ce besoin intérieur par le sens profond de l'adoration de Dieu, lorsqu'il appelle à Lui et œuvre pour Sa religion, alors la soif de son âme trouve son apaisement dans l'acte même d'adorer. Le réformateur comprend alors que l'adoration constitue une finalité en elle-même et que son véritable objectif est l'agrément de Dieu, exalté soit-Il.
On le voit ainsi s'interroger continuellement :
Ai-je accompli cette œuvre de la meilleure manière possible?
Ai-je été sincère envers Dieu dans ce que j'ai fait ?
Ai-je agi avec humilité, obéissance et dévotion ?
Ai-je mis en œuvre les causes et les moyens appropriés ?
Ce n'est qu'ensuite qu'il se tourne vers les fruits de son action, il les espère, s'en réjouit lorsqu'ils se manifestent et en annonce la bonne nouvelle aux autres, conformément à la parole de Dieu :
« et Il vous accordera d'autres choses encore que vous aimez bien: un secours [venant] d'Allah et une victoire prochaine. Et annonce la bonne nouvelle aux croyants. » (Sourate As-Saff, v. 13)Ainsi, ceux qui étaient meilleurs que nous et plus savants que nous dans la connaissance de Dieu ont eux aussi recherché les résultats et se sont appliqués à les atteindre. Mais ils le faisaient en gardant constamment à l'esprit que ce qui doit être recherché avant tout est l'accomplissement de l'œuvre conformément à ce que Dieu aime et agrée. Lorsque le croyant agit de cette manière, il acquiert une immense provision spirituelle, psychologique et intérieure. La réalisation de ce sens de l'adoration est l'un des plus grands soutiens qui permettent de patienter sur le long chemin menant aux fruits de l'action réformatrice. Pour approfondir : La Boussole du réformateur - Ahmad Ibn Yûsuf al-Sayyid
La nécessité pour le réformateur d’avoir conscience des lois divines
Il est essentiel pour quiconque s’engage dans une démarche de réforme d’avoir une conscience profonde des lois divines (sunan Allâh) sous leurs différentes formes, en particulier celles qui concernent la victoire et l’établissement, la défaite et l’échec, la destruction des injustes, et d’autres réalités semblables.
Cette conscience joue un rôle majeur dans la protection contre le désespoir et l’abattement lorsque surviennent les crises. Elle contribue également à délivrer le croyant des illusions qui nourrissent une mauvaise opinion de Dieu. En effet, la compréhension des lois divines permet au croyant de passer de l’étroitesse de la crise à l’immensité de la sagesse divine.
À l’inverse, celui qui limite son regard à l’événement lui-même risque de ne pas pouvoir lui résister, tant les événements de notre époque peuvent être oppressants, douloureux et éprouvants.
L’un des plus grands remèdes contre le désespoir est donc que le croyant sorte du cadre étroit de l’événement pour contempler l’immensité des lois divines et des sagesses du Seigneur.
C’est d’ailleurs par cette perspective qu’Allah a raffermi les croyants après les événements douloureux de la bataille d’Uhud, lorsqu’Il dit :
« Avant vous, certes, beaucoup d'événements se sont passés. Or, parcourez la terre, et voyez ce qu'il est advenu de ceux qui traitaient (les prophètes) de menteurs.. » (Âl ‘Imrân, 137)Pour approfondir : La Boussole du réformateur - Ahmad Ibn Yûsuf al-Sayyid
Le Prophète ﷺ a rapporté que celui qui s’emploie à enseigner le bien aux gens bénéficie des invocations de pardon de l’ensemble des créatures (non douées de responsabilité religieuse). Ainsi, d’après Abû Umâma al-Bâhilî (qu’Allah l’agrée) :
« Deux hommes furent mentionnés devant le Messager d’Allah ﷺ : l’un était un adorateur, l’autre un savant. Le Messager d’Allah ﷺ dit alors : “La supériorité du savant sur l’adorateur est comparable à ma supériorité sur le plus modeste d’entre vous.” Puis il ajouta : “Certes, Allah, Ses anges, les habitants des cieux et de la terre, jusqu’à la fourmi dans son terrier et même le poisson, prient pour celui qui enseigne le bien aux gens.” » (Rapporté par at-Tirmidhî)Ce hadith exprime la noblesse et le mérite immenses de ceux qui œuvrent à la réforme et à la guidance des hommes. En effet, leur action s’appuie sur les Paroles législatives d’Allah (kalimât shar‘iyya), lesquelles sont en parfaite harmonie avec Ses Paroles cosmiques (kalimât kawniyya). De même qu’Allah, exalté soit-Il, « a parfait toute chose qu’Il a créée » (32:7) — ce qui relève de Son ordre cosmique et créateur — Il a également porté Ses paroles législatives à leur perfection, comme Il le dit :
« Et la Parole de ton Seigneur s’est accomplie en toute vérité et en toute justice. » (6:115)C’est donc Lui qui a parfait à la fois la création et le commandement, comme Il le dit encore :
« La création et le commandement n’appartiennent-ils pas à Lui ? » (7:54)Ainsi, c’est Lui qui a porté à la perfection la création et l’ordre ; dès lors, toute réforme authentique ne peut être qu’en conformité avec ce qu’Il a créé et ce qu’Il a prescrit. Pour approfondir : La Boussole du réformateur - Ahmad Ibn Yûsuf al-Sayyid
La centralité de la conscience du réel
L’un des problèmes les plus marquants que l’on constate aujourd’hui chez de nombreuses personnes engagées dans le savoir, les sciences religieuses et la prédication est la faiblesse de leur compréhension du réel.
Il ne s’agit pas simplement d’un manque dans une qualité secondaire parmi les qualités de perfection, mais d’une carence qui exerce une influence directe sur le processus même de la réforme.
En effet, plus une personne possède une conscience claire et une connaissance approfondie de la réalité dans laquelle elle évolue, plus elle est capable de situer son action réformatrice à la place qui lui convient.
Car la réforme, à l’instar de la fatwa, ne peut se concevoir sans la prise en compte de deux éléments fondamentaux :
- La compréhension de la religion.
- La compréhension du réel et du contexte.
Pour approfondir : La Boussole du réformateur - Ahmad Ibn Yûsuf al-Sayyid
Le réformateur et la force de la certitude
Le réformateur doit fonder son action sur une certitude profonde : l’islam auquel il appelle et dont il tire sa force est la vérité absolue, établie par les preuves et les démonstrations les plus solides. Il doit être convaincu que cette vérité est ce qu’il y a de plus noble pour l’être humain, tant pour vivre que pour appeler les autres à la suivre.
Allah dit :
«Et qui profère plus belles paroles que celui qui appelle à Allah, fait bonne œuvre et dit: «Je suis du nombre des Musulmans?» [Fussilat: 33]Le réformateur doit également être convaincu que la réforme sur terre ne peut être réalisée que par cette vérité, tandis que la corruption naît de son contraire. Allah dit :
« Et ceux qui n'ont pas cru sont alliés les uns des autres. Si vous n'agissez pas ainsi [en rompant les liens avec les infidèles], il y aura discorde sur terre et grand désordre. » [Al-Anfal: 73]Tout ce qui s’oppose à cette vérité relève du faux. C’est une voie de corruption et de perdition, car elle ne repose ni sur une preuve solide ni sur un raisonnement juste, mais sur les conjectures, les illusions et les suppositions. Allah dit :
« Et si tu obéis à la majorité de ceux qui sont sur la terre, ils t’égareront du chemin d’Allah. Ils ne suivent que des conjectures et ne font que supposer. » [Al-Anam: 116]Lorsque le réformateur parvient à mettre cette vérité en lumière, à l’expliquer clairement, à dévoiler la nature du faux, à révéler sa fragilité et à établir la preuve contre lui, il réalise alors l’une des plus grandes formes de victoire. Il doit considérer cela comme un succès fondamental, même si le faux conserve ensuite sa domination matérielle et sa puissance apparente. Cela ne signifie évidemment pas que la victoire concrète et le pouvoir matériel sont sans importance. Ceux-ci demeurent nécessaires. Mais il existe également une victoire morale, intellectuelle et spirituelle qui possède une valeur immense. Celui qui médite le Livre d’Allah trouve de nombreux exemples illustrant cette réalité : la vérité possède une force intrinsèque, même lorsque celui qui la porte est seul ou faible. Parmi ces exemples figure le récit d’Ibrahim (Abraham) — paix sur lui — face à son peuple :
(62) Ils dirent : « Est-ce toi qui as fait cela à nos divinités, ô Ibrahim (Abraham) ? » (63) Il répondit : « C’est plutôt leur plus grande idole que voici qui l’a fait. Interrogez-les donc, si elles peuvent parler. » (64) Alors ils revinrent à eux-mêmes et se dirent : « C’est vous qui êtes les véritables injustes. » (65) Puis ils retombèrent dans leur aveuglement et dirent : « Tu sais parfaitement que celles-ci ne parlent pas. » (66) Il dit : « Adorez-vous donc, en dehors d’Allah, ce qui ne peut ni vous être utile ni vous nuire ? » (67) « Honte à vous et à ce que vous adorez en dehors d’Allah ! Ne raisonnez-vous donc pas ? » (Al-Anbiyâ’, 62-67))Ce dialogue met en évidence la faiblesse intrinsèque du faux et la force propre de la vérité. Ibrahim — paix sur lui — a véritablement triomphé de son peuple lorsque celui-ci fut contraint de reconnaître intérieurement son erreur. À cet instant, la vérité s’est manifestée et élevée, tandis que le faux a révélé sa faiblesse et sa fragilité. Quelle que soit ensuite l’issue matérielle des événements, cette réalité demeure inchangée : la vérité a déjà remporté sa victoire essentielle. Pour approfondir : La Boussole du réformateur - Ahmad Ibn Yûsuf al-Sayyid
La purification du cœur, la sagesse de l’esprit et l’équilibre de l’âme
Cette trilogie constitue le socle essentiel qui doit être cultivé chez les personnes en éducation, les étudiants en sciences religieuses, les prédicateurs et les acteurs de la réforme.
Lorsqu’elle se réunit chez une même personne, elle la préserve, par la volonté de Dieu, de nombreux égarements et travers, quelles que soient les circonstances ou les époques.
Développer ces trois qualités est souvent plus difficile que transmettre des connaissances ou construire une pensée intellectuelle.
La purification du cœur se construit par la connaissance de Dieu, la préférence donnée à l’au-delà, la pratique constante de l’adoration, un lien profond avec le Coran et la prière, le combat contre les passions, la patience, le soin apporté aux œuvres du cœur, le repentir continuel et l’examen régulier de soi.
La sagesse de l’esprit se développe par la fréquentation des personnes avisées, une formation méthodique et rigoureuse, l’exercice de l’esprit critique, l’ancrage dans les principes fondamentaux, l’expérience pratique, la consultation des personnes de jugement et la compréhension des équilibres entre bénéfices et préjudices.
L’équilibre de l’âme s’acquiert par une longue discipline de soi, la maîtrise des impulsions, des relations saines avec autrui, l’habitude de la patience, l’évolution dans des environnements équilibrés, l’éloignement des milieux nocifs, une formation éthique et spirituelle, le traitement des maladies du cœur et de l’âme, ainsi que l’apprentissage du contentement.
Pour approfondir : La Boussole du réformateur - Ahmad Ibn Yûsuf al-Sayyid
Parmi les fondements essentiels de la méthodologie prophétique figure le fait de privilégier la méditation du Coran, l’enseignement de ses significations, l’exhortation qu’il contient et sa mise en pratique, avant la seule mémorisation de ses mots et de ses lettres. Les preuves de cela sont extrêmement nombreuses.
Cependant, dans la réalité actuelle de la communauté musulmane, la priorité a été inversée : la mémorisation des lettres et des formulations a pris le dessus sur l’objectif principal du Coran, au point d’en devenir le principal critère et la mesure de valeur.
Dès lors, si l’on considère que la boussole de la réforme aujourd’hui doit être orientée vers la revivification de la voie prophétique, alors l’une des plus grandes formes de ce renouveau consiste à rétablir l’équilibre tel qu’il existait à l’époque du Prophète ﷺ, en accordant à chaque finalité du Coran la place et le droit qui lui reviennent.
Lorsque cette boussole est correctement réglée dans ce domaine, les résultats, les fruits et les effets produits deviennent eux aussi plus justes et plus conformes à l’objectif recherché.
Pour approfondir : La Boussole du réformateur - Ahmad Ibn Yûsuf al-Sayyid
L’un des problèmes auxquels sont confrontés beaucoup de prédicateurs et d’acteurs engagés est que, lorsqu’ils œuvrent dans un domaine précis, ils s’y investissent parfois au point de ne plus voir la carte d’ensemble des différents champs d’action, ni la place qu’occupe leur propre champ au sein de cet ensemble. Cela entraîne plusieurs conséquences néfastes, parmi lesquelles :
- Minimiser l’importance des autres domaines et de ceux qui y travaillent.
- Ne pas mesurer à quel point leur propre domaine a besoin des autres.
- Ne pas être conscient de la sensibilité de ce champ d’action, ainsi que de l’impact positif ou négatif qu’il peut avoir sur les domaines qui lui sont liés, ce qui conduit ensuite au relâchement et au manque de rigueur.
La Boussole du réformateur - Ahmad Ibn Yûsuf al-Sayyid
Chaque époque possède ses grandes questions, celles qui révèlent ses problèmes les plus profonds, mettent en lumière ses principaux défis et orientent vers les priorités auxquelles devraient être consacrés les efforts, le temps, les énergies et même les vies.
Bien que ces grandes questions soient souvent visibles et évidentes tant les signes qui y renvoient sont nombreux, les réformateurs et les acteurs du changement diffèrent considérablement dans leur capacité à les percevoir. Dès lors, leurs actions et leurs efforts diffèrent également dans la manière d’y répondre. Certains en ont une conscience claire et orientent vers elles leurs projets, leurs initiatives et l’essentiel de leurs préoccupations. D’autres, au contraire, ne saisissent ni leur centralité ni leur importance, allant parfois jusqu’à minimiser ces questions ainsi que ceux qui travaillent à y répondre. Ils dispersent alors leurs efforts dans des problèmes secondaires, qui ne constituent ni les priorités véritables ni les enjeux les plus dignes d’attention.
Ce qu’il convient pour tout réformateur, c’est de ne pas se détourner des grandes questions au profit d’autres sujets. Rien n’empêche qu’il s’occupe également d’autres projets ou programmes, mais il ne devrait jamais être totalement éloigné des enjeux majeurs, même de manière indirecte. L’idéal est de concilier les deux lorsque cela est possible, sinon, il faut accorder la priorité à ce qui est le plus essentiel lorsque les priorités entrent en concurrence.
Pour approfondir : La Boussole du réformateur - Ahmad Ibn Yûsuf al-Sayyid
Celui qui médite les histoires des prophètes comprend que, lorsque la réforme se déroule dans une période où les injustes dominent et imposent fortement leur pouvoir, les réformateurs ne sont pas tenus de tout changer, mais seulement de faire ce qui leur est possible.
Parmi les démarches des prophètes dans de telles situations :
1. Transmettre la vérité et établir la preuve avec douceur :
« Parlez-lui avec bienveillance. »
2. Affronter les partisans du faux avec les arguments de la vérité, réfuter leurs mensonges et élever la parole du vrai :
« Votre rendez-vous sera le jour de la fête, lorsque les gens seront rassemblés dans la matinée »
« Proclame ouvertement ce qui t’est ordonné »
« Et lutte contre eux par cela d’un grand combat » — c’est-à-dire par le Coran.
3. Prendre soin des croyants qui suivent la vérité et les éduquer à l’adoration, à la patience, à la fermeté et à la confiance en Dieu :
« Moïse dit à son peuple : cherchez secours auprès de Dieu et soyez patients »
« Faites de vos maisons des lieux de prière et accomplissez la prière »
« Ô mon peuple, si vous croyez en Dieu, placez votre confiance en Lui »
([comme dans la maison d’al-Arqam]).
4. Former les croyants à l’espérance et à la certitude d’une bonne issue, et combattre le désespoir :
« Il se peut que votre Seigneur fasse périr votre ennemi et vous établisse sur la terre »
« Par Dieu, cette affaire s’accomplira jusqu’à ce qu’un voyageur puisse aller de Sanaa à Hadramout sans craindre autre que Dieu ou le loup pour son troupeau ; mais vous êtes impatients. »
5. S’éloigner des terres d’injustice et de domination après l’apparition de la vérité et la persistance du faux :
(l’émigration vers l’Abyssinie puis vers Médine)
« Nous révélâmes à Moïse et à son frère : donnez à votre peuple des demeures en Égypte. »
6. Suivre la révélation, s’y conformer et avoir confiance dans l’assistance et la promesse de Dieu, avec la certitude qu’Il accorde la victoire aux croyants et détruit les injustes :
« Nous révélâmes à Moïse : fais partir Mes serviteurs de nuit »
« Les compagnons de Moïse dirent : nous allons être rattrapés. Il répondit : jamais ! Mon Seigneur est avec moi, Il me guidera »
« Avancez là où il vous est ordonné »
« Leur Seigneur leur révéla : Nous ferons périr les injustes et Nous vous établirons sur la terre après eux. »
— Extrait du livre Les Lumières des Prophètes (Anwâr al-Anbiyâ’)
L’un des critères essentiels de la réussite des projets de réforme est qu’ils ne se contentent pas d’affirmer la vérité, mais qu’ils s’attachent aussi à combattre le faux, selon la démarche suivante :
- Que le projet porte un message authentique et un contenu sain, qu’il appelle à diffuser et à faire triompher.
- Que le projet comprenne également une lutte contre le faux : dévoiler ceux qui le portent, mettre en évidence leur voie, réfuter leurs idées, invalider leur doctrine et déconstruire leur méthodologie.
La question centrale que doivent se poser les responsables des cadres éducatifs, des instituts religieux et des structures de réforme — et à laquelle ils doivent apporter une réponse pratique — est la suivante :
Ce que nous dispensons comme enseignement, formation et éducation prépare-t-il réellement l’étudiant à assumer la responsabilité générale envers l’islam, dans un contexte marqué par une forte hostilité visant les acteurs et les réformateurs, ainsi que par une guerre globale et intense dirigée contre la communauté ?
Si la réponse est négative, alors une réforme urgente s’impose, tant au niveau des contenus transmis que de la nature de la formation et de la méthodologie éducative.
L’évaluation ne doit pas porter sur les résultats globaux de tous les étudiants — car les résultats et les fruits peuvent faire défaut pour diverses raisons — mais plutôt sur les devoirs, les fondements et les moyens qui permettent de préparer de tels résultats.
(3/3)
Ahmed bin Yusif al-Sayyid.
Aujourd’hui, de nombreux contextes islamiques se sont orientés vers trois situations principales :
1- Ceux qui se limitent au message sans le traduire dans la réalité (contextes purement académiques, cercles de mémorisation, cadres théoriques abstraits…), voire ceux qui commettent des erreurs dans la sicence même — cumulant ainsi deux déficiences : l’erreur dans le message et l’abandon de l’action.
2- Ceux qui s’engagent dans la réalité sans s’ancrer véritablement dans le message (slogans islamiques dépourvus de contenu normatif solide, ou affaiblissement du message au profit de structures partisanes ou organisationnelles).
3- Ceux qui tentent de combiner les deux dimensions mais présentent des insuffisances :
- soit par un manque dans le savoir — en raison d’une absence de globalité dans l’acquisition des différentes dimensions de la religion, ou d’une erreur dans la compréhension de certaines d’entre elles.
- soit par un déficit dans l’action et le mouvement, lorsque ceux-ci ne correspondent pas à ce qui doit être fait, comme il le faut et au moment opportun. Cela produit ainsi une situation qui n’est pas pleinement « bien guidée », bien qu’elle demeure meilleure que les précédentes.
(Cette description n’implique pas une généralisation absolue : des exceptions justes existent.)
Ce dysfonctionnement dans la réalité de la communauté musulmane s’explique par plusieurs facteurs, parmi lesquels :
1. Un dysfonctionnement dans la manière de recevoir le Coran et la Sunna.
La première génération, formée par le Prophète ﷺ, avait mis en garde contre une transformation du rapport au Coran : passer de la méditation, de la compréhension et de la mise en pratique à une simple récitation formelle — ce qui est largement le cas aujourd’hui.
Plus ce déficit dans la réception est grand, plus le déséquilibre apparaît dans l’action : soit par son absence, soit par sa déviation.
La méthodologie prophétique commence par la manière de recevoir la religion avant sa mise en œuvre.
Ainsi, la première étape de toute réforme religieuse réside dans la réforme du mode de réception.
2. L’absence de globalité dans la formation religieuse.
C’est l’une des formes les plus graves de déséquilibre :
certains privilégient les sciences religieuses sans purification spirituelle ni compréhension du réel,
d’autres privilégient les compétences pratiques sans fondement religieux ni spiritualité,
d’autres encore se concentrent sur la spiritualité sans savoir ni conscience du réel.
Or, le Coran et la Sunna sont intrinsèquement globaux : ils englobent lois, croyances, exhortations, éthique, récits, analyse des adversaires, réponses aux ambiguïtés, incitation au combat, politique, gouvernance et établissement de la religion.
Les compagnons ont reçu cet ensemble dans sa globalité et ont observé sa mise en œuvre par le Prophète ﷺ, devenant ainsi ses véritables successeurs.
Revitaliser la méthodologie prophétique implique donc de restaurer cette approche globale et de l’articuler avec la réalité, tout en hiérarchisant correctement les priorités (centralité des fondamentaux).
3. Parmi les causes de ce déséquilibre figure également la longueur du temps écoulé et l’élargissement du fossé entre la génération islamique fondatrice — portée par une idée et un principe — et les générations suivantes, dont beaucoup se sont attachées à des structures et des formes institutionnelles figées, pensant qu’elles porteraient la force de l’idée, ce qui s’est révélé illusoire.
Il en a résulté des structures sans âme, ou dotées d’une âme faible, sans véritable emprise sur l’action et le mouvement, ou encore une inspiration générale dépourvue de méthodologie directrice.
Les causes de ce déséquilibre sont nombreuses au-delà de celles qui ont été mentionnées.
Par la miséricorde divine, Dieu a institué dans cette communauté une loi du renouveau (tajdîd), qui permet de restaurer le lien authentique avec la Révélation et de faire renaître une action juste, directement issue de l’essence du message.
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