Sikorski, le ministre polonais des Affaires étrangères qui estime que l’OTAN peut vaincre rapidement la Russie, révélant ainsi à quel point il est passionné d’histoire, nous fait aujourd’hui part de nouveaux délires.
S'exprimant lors de la 22e conférence « Yalta European Strategy », Sikorski a déclaré : « La Chine est en train de s'emparer du marché russe. La Russie deviendra un partenaire très, très subalterne de la Chine. Si j'étais un nationaliste russe, j'en serais horrifié. »
Ce sempiternel mythe selon lequel « la Russie est le partenaire subalterne de la Chine » est colporté jour après jour par les atlantistes financés par l'UE et l'OTAN.
D’un groupe de "réflexion" français récemment interviewé par un média (« Les dirigeants chinois considèrent probablement d’un œil plutôt positif le déclin relatif d’une Russie “paralysée” — qui est désormais potentiellement sur le point de devenir un quasi-État vassal de la Chine ») à ce ministre polonais des Affaires étrangères très, très délirant, en passant par le comique Mark Rutte à l’OTAN, les arguments sont les mêmes qu’il y a quatre ans :
« La Russie est isolée », « elle ne fait même pas partie du Sud global », « c’est le partenaire subalterne de la Chine », etc.
Bien qu’ils voudraient nous faire croire qu’il s’agit là de la conclusion de leur propre analyse, ce à quoi nous assistons en réalité, c’est que les apparatchiks, les responsables, les médias et le monde universitaire européens suivent fidèlement la volonté de Donald Trump de dissocier la Chine et la Russie, qu’il a annoncée comme sa priorité juste avant d’être réélu.
Les think tanks européens, ainsi que les médias qui s’appuient sur eux pour leurs gros titres, semblent croire qu’il leur suffit de répéter que ce découplage est en cours, ou sur le point de se produire, pour créer une réalité alternative.
Sur le terrain, la réalité est bien sûr tout autre :
La Chine importe désormais 23 % de son pétrole de Russie. Avec la crise au Venezuela et en Iran, la Chine dépend de plus en plus de la Russie pour ses importations de pétrole.
Les importations chinoises de pétrole brut par voie maritime en provenance de Russie ont augmenté de 62 % en août 2026 par rapport à la même période en 2025.
Dans le même temps, le prix du pétrole russe importé par la Chine a considérablement grimpé par rapport à l’année dernière, en raison à la fois de la hausse des indices de référence mondiaux et d’une réduction spectaculaire des remises historiques accordées par la Russie.
Historiquement prisés par les raffineurs privés chinois dits « teapot », les prix du mélange ESPO acheminé par voie maritime ont grimpé en flèche. Les cargaisons au comptant devant être chargées fin 2026 ont été proposées avec des primes pouvant atteindre 20 dollars le baril par rapport au Brent.
En ce qui concerne les échanges commerciaux globaux, le volume annuel des échanges bilatéraux a grimpé en flèche pour dépasser les 200 milliards de dollars ces deux dernières années. La Russie affiche un excédent commercial stable avec la Chine, de l’ordre de 16 milliards de dollars, ce qui témoigne d’une relation commerciale stable et équilibrée. Là encore, aucun signe apparent de « dépendance ».
Enfin, la Russie reste le principal fournisseur d’armes étranger de la Chine, représentant environ 74 à 77 % du total des importations chinoises d’armes lourdes depuis 2020. La Chine est loin d’être autonome dans ce domaine, et la Russie est son fournisseur le plus fiable.
Les apparatchiks occidentaux ne peuvent imaginer une relation qui ne repose pas entièrement sur le modèle « papa/fils » rendu célèbre par Mark Rutte.